Tout au long de la campagne électorale présidentielle, Nicolas SARKOZY a promis de s’opposer à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. S’il est un des engagements auquel beaucoup de Français ont cru, c’est bien celui là. Je dois le reconnaitre moi aussi. Car cela fait des années que le Président a toujours été opposé à cette dilution de l’Europe. C’était d’ailleurs un de nos points d’accord.
Malheureusement, dans son discours devant les ambassadeurs le 27 août dernier, le Président a cédé à la pensée dominante bruxelloise. Il a accepté d’ouvrir les chapitres des négociations d’adhésion.
Ce qui avait été présenté en juin comme une mesure technique, « la France n’avait pas mis son véto à deux chapitres mineurs des négociations », devient la règle.
Le Président se réfugie derrière l’idée fumeuse d’une commission sur le devenir de l’Europe dans 20 ans pour habiller ce volte-face.
Après la signature du fameux mini-traité, qui ressuscite une Constitution Européenne que le candidat disait morte ; après les courbettes devant les ministres des finances de la zone euro, voilà donc le troisième reniement d’engagements de campagne.
Tous les Français qui avaient cru qu’avec Nicolas Sarkozy la France allait redevenir maîtresse de son destin, ne peuvent que déchanter. Derrière ces renoncements successifs, il y a, malheureusement, le constat que la Présidence Sarkozy débute comme celle de François Mitterrand ou de Jacques Chirac : après avoir gagné l’élection sur le thème « la France est de retour », on gouverne en obéissant à Bruxelles devenu le nouveau maître.
Or, si l’on veut de vrais résultats dans notre pays, tant dans le domaine économique que dans ceux de la sécurité ou de l’immigration, il faut desserrer ce carcan européen qui n’a rien à voir avec la belle idée européenne. En un mot, il faut rebâtir l’Europe sur des bases saines.
Nicolas Sarkozy aurait pu être celui-là, malheureusement sa volonté n’était qu’une tactique de prise de pouvoir et il lui manque aujourd’hui le courage d’aller au-delà des simples bonnes intentions. Il se condamne de fait, en ne conquérant pas pour la France une nouvelle marge de manœuvre, à reproduire les échecs des gouvernements précédents.
29 août 2007
27 août 2007
Une politique étrangère inquiétante, par Nicolas Dupont-Aignan
La politique étrangère est un domaine où la France n’avait pas besoin de la fameuse « rupture » chère au Président de la République.
Si l’on écarte en effet la politique européenne, le bilan diplomatique de Jacques CHIRAC impose le respect général. Au fil des ans et dans la droite ligne de la 5ème République, il a su bâtir une politique étrangère cohérente et forte de sens.
Malheureusement, comme je le craignais avant l’élection présidentielle, les premiers pas diplomatiques de l’Elysée ne peuvent qu’inquiéter.
Pourquoi voler ainsi au secours d’un Président BUSH à bout de souffle et infléchir la ligne de la France en Irak au moment où les faits nous donnent raison ?
Le voyage de Bernard KOUCHNER à Bagdad révèle ce besoin permanent des milieux atlantistes de plaire, voire de complaire au pouvoir américain qu’ils confondent d’ailleurs avec le peuple américain.
AZNAR, BERLUSCONI ET BLAIR disparus, est-il honorable de vouloir les remplacer ?
Comble de l’absurde, Bernard KOUCHNER cautionne de fait la présence des troupes américaines en Irak au moment où Hillary CLINTON demande leur retrait ainsi que la démission du Gouvernement fantoche à la botte des forces d’occupation.
Dommage que le Président de la République n’ait pas saisi l’occasion de ses vacances aux Etats-Unis pour s’adresser au peuple américain qui se prépare à choisir un nouveau président et une autre politique !
Quant à la triste affaire des infirmières bulgares, mérite-t-elle tant de fanfaronnades ? Fallait-il pour briller le temps d’un « coup de com », céder à ce chantage et payer si cher leur libération ?
Pourquoi refuser la prolifération en Iran et la nourrir en Lybie ? Peut-on faire confiance à un dirigeant qui a fait exploser en vol des avions civils ? Toutes ces questions en démocratie sont légitimes.
Enfin le discours de Dakar, qui a suscité un tollé en Afrique, comme la visite à Omar BONGO ont-il un sens pour démarrer la nouvelle politique africaine tant vantée ?
Au terme de cet été, j’espère que le Président de la République comprendra qu’une politique étrangère digne de ce nom s’adresse aux peuples de la Terre plutôt qu’à la seule opinion nationale.
Cohérence dans la durée et coups médiatiques ne font pas bon ménage, surtout pour les éditorialistes des journaux étrangers qui sont moins dociles que ceux de chez LAGARDERE ou DASSAULT. Une politique étrangère n’est pas là pour servir l’image du Président, mais pour servir celle de la France.
Si l’on écarte en effet la politique européenne, le bilan diplomatique de Jacques CHIRAC impose le respect général. Au fil des ans et dans la droite ligne de la 5ème République, il a su bâtir une politique étrangère cohérente et forte de sens.
Malheureusement, comme je le craignais avant l’élection présidentielle, les premiers pas diplomatiques de l’Elysée ne peuvent qu’inquiéter.
Pourquoi voler ainsi au secours d’un Président BUSH à bout de souffle et infléchir la ligne de la France en Irak au moment où les faits nous donnent raison ?
Le voyage de Bernard KOUCHNER à Bagdad révèle ce besoin permanent des milieux atlantistes de plaire, voire de complaire au pouvoir américain qu’ils confondent d’ailleurs avec le peuple américain.
AZNAR, BERLUSCONI ET BLAIR disparus, est-il honorable de vouloir les remplacer ?
Comble de l’absurde, Bernard KOUCHNER cautionne de fait la présence des troupes américaines en Irak au moment où Hillary CLINTON demande leur retrait ainsi que la démission du Gouvernement fantoche à la botte des forces d’occupation.
Dommage que le Président de la République n’ait pas saisi l’occasion de ses vacances aux Etats-Unis pour s’adresser au peuple américain qui se prépare à choisir un nouveau président et une autre politique !
Quant à la triste affaire des infirmières bulgares, mérite-t-elle tant de fanfaronnades ? Fallait-il pour briller le temps d’un « coup de com », céder à ce chantage et payer si cher leur libération ?
Pourquoi refuser la prolifération en Iran et la nourrir en Lybie ? Peut-on faire confiance à un dirigeant qui a fait exploser en vol des avions civils ? Toutes ces questions en démocratie sont légitimes.
Enfin le discours de Dakar, qui a suscité un tollé en Afrique, comme la visite à Omar BONGO ont-il un sens pour démarrer la nouvelle politique africaine tant vantée ?
Au terme de cet été, j’espère que le Président de la République comprendra qu’une politique étrangère digne de ce nom s’adresse aux peuples de la Terre plutôt qu’à la seule opinion nationale.
Cohérence dans la durée et coups médiatiques ne font pas bon ménage, surtout pour les éditorialistes des journaux étrangers qui sont moins dociles que ceux de chez LAGARDERE ou DASSAULT. Une politique étrangère n’est pas là pour servir l’image du Président, mais pour servir celle de la France.
Une rentrée périlleuse, par Nicolas Dupont-Aignan
Après quelques semaines d’interruption, je reprends aujourd’hui mon blog. Que les internautes me pardonnent cette absence. Reconnaissons-le, cela fait du bien de reposer l’esprit, de prendre du recul sur l’actualité, de réfléchir différemment !
Mais le temps de la rentrée est venu et il y a beaucoup à dire sur cet étrange été qui a suivi l’élection présidentielle.
La France, ou plus exactement l’image qu’en forgent les médias souvent complaisants, semble ainsi sous hypnose. L’agitation tout azimut du Chef de l’Etat monopolise, je dirais même plus, sature les écrans et les journaux.
Le décalage entre les paroles et les actes « même s’il n’est que très rarement relevé par les observateurs » s’accroît démesurément. Combien de temps nos compatriotes supporteront-ils ce mode de fonctionnement ? Comment les Français réagiront-ils lorsque les faits s’imposeront à eux ?
Sur la politique européenne, j’ai déjà pointé avant les vacances l’ampleur de la contradiction, je pourrais même dire de la trahison. Affirmer pendant la campagne que la Constitution Européenne est morte et signer un mois après un mini-traité qui en reprend la totale substance, cela n’est pas banal ! Parcourir les départements marqués par les délocalisations en s’en prenant à juste titre à « l’euro cher » puis s’incliner devant les ministres de l’euro-groupe à Luxembourg, il faut oser. Ce que certains nomment habileté s’apparente plutôt au syisme, auquel nous avaient habitué les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, et avec lesquels ce dernier justement, avait promis de rompre.
Mais surtout, et c’est bien là le plus grave, ces deux revirements majeurs mettent en péril la stratégie audacieuse de sortie de crise du Président de la République. En effet, en avalisant la Constitution Européenne, sans obtenir aucune compensation sur l’euro de la part de l’Allemagne, la France est privée du seul moyen de relancer son économie (voir mon article du 21 juillet dans l’hebdomadaire « Marianne »).
Avec un euro toujours surévalué, le pacte fiscal du Gouvernement risque bien de se transformer en boulet fiscal. Se priver de 13 milliards de recettes fiscales pour honorer des promesses électorales clientélistes, sans prévoir les économies budgétaires qui permettraient d’éviter l’explosion du déficit, relève d’un certain amateurisme.
On se croirait revenu en 1981, quand François Mitterand voulait, coûte que coûte, respecter les promesses de campagne.
Bien sûr, je crois utile comme le Président de la République, de réduire les droits de succession des classes moyennes ou de limiter les charges sociales. En revanche, je crois que par idéologie et par fanfaronnade, le pacte fiscal va trop loin surtout dans un contexte de « l’euro cher » et saigne l’économie française.
Quand je disais cela au mois de juin, on me regardait de travers. Aujourd’hui, malheureusement, les chiffres commencent à inquiéter les économistes : record du déficit du commerce extérieur au 1er semestre, croissance lente au 2ème trimestre, atonie de la production industrielle et poursuite des délocalisations.
S’attaquer à la pensée unique, comme l’a fait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne est une bonne chose à la condition, bien évidemment, de se donner ensuite dans les actes, les moyens de sa politique. Les réformes structurelles sont indispensables certes, mais il faut mettre de l’huile dans les rouages et faire sauter alors le carcan de « l’euro cher ».
Se refusant à aller au bout de sa logique, privilégiant les coups de com sur la cohérence des mesures, je crains, qu’une fois de plus, la France aille dans le mur des contradictions politiques et de la démagogie électorale.
L’automne dira, si je fais preuve d’un pessimisme excessif ou si je mets le doigt sur les dégâts des contradictions permanentes entre les discours et les actes.
Mais le temps de la rentrée est venu et il y a beaucoup à dire sur cet étrange été qui a suivi l’élection présidentielle.
La France, ou plus exactement l’image qu’en forgent les médias souvent complaisants, semble ainsi sous hypnose. L’agitation tout azimut du Chef de l’Etat monopolise, je dirais même plus, sature les écrans et les journaux.
Le décalage entre les paroles et les actes « même s’il n’est que très rarement relevé par les observateurs » s’accroît démesurément. Combien de temps nos compatriotes supporteront-ils ce mode de fonctionnement ? Comment les Français réagiront-ils lorsque les faits s’imposeront à eux ?
Sur la politique européenne, j’ai déjà pointé avant les vacances l’ampleur de la contradiction, je pourrais même dire de la trahison. Affirmer pendant la campagne que la Constitution Européenne est morte et signer un mois après un mini-traité qui en reprend la totale substance, cela n’est pas banal ! Parcourir les départements marqués par les délocalisations en s’en prenant à juste titre à « l’euro cher » puis s’incliner devant les ministres de l’euro-groupe à Luxembourg, il faut oser. Ce que certains nomment habileté s’apparente plutôt au syisme, auquel nous avaient habitué les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, et avec lesquels ce dernier justement, avait promis de rompre.
Mais surtout, et c’est bien là le plus grave, ces deux revirements majeurs mettent en péril la stratégie audacieuse de sortie de crise du Président de la République. En effet, en avalisant la Constitution Européenne, sans obtenir aucune compensation sur l’euro de la part de l’Allemagne, la France est privée du seul moyen de relancer son économie (voir mon article du 21 juillet dans l’hebdomadaire « Marianne »).
Avec un euro toujours surévalué, le pacte fiscal du Gouvernement risque bien de se transformer en boulet fiscal. Se priver de 13 milliards de recettes fiscales pour honorer des promesses électorales clientélistes, sans prévoir les économies budgétaires qui permettraient d’éviter l’explosion du déficit, relève d’un certain amateurisme.
On se croirait revenu en 1981, quand François Mitterand voulait, coûte que coûte, respecter les promesses de campagne.
Bien sûr, je crois utile comme le Président de la République, de réduire les droits de succession des classes moyennes ou de limiter les charges sociales. En revanche, je crois que par idéologie et par fanfaronnade, le pacte fiscal va trop loin surtout dans un contexte de « l’euro cher » et saigne l’économie française.
Quand je disais cela au mois de juin, on me regardait de travers. Aujourd’hui, malheureusement, les chiffres commencent à inquiéter les économistes : record du déficit du commerce extérieur au 1er semestre, croissance lente au 2ème trimestre, atonie de la production industrielle et poursuite des délocalisations.
S’attaquer à la pensée unique, comme l’a fait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne est une bonne chose à la condition, bien évidemment, de se donner ensuite dans les actes, les moyens de sa politique. Les réformes structurelles sont indispensables certes, mais il faut mettre de l’huile dans les rouages et faire sauter alors le carcan de « l’euro cher ».
Se refusant à aller au bout de sa logique, privilégiant les coups de com sur la cohérence des mesures, je crains, qu’une fois de plus, la France aille dans le mur des contradictions politiques et de la démagogie électorale.
L’automne dira, si je fais preuve d’un pessimisme excessif ou si je mets le doigt sur les dégâts des contradictions permanentes entre les discours et les actes.
11 août 2007
Vacances d'été pour le blog DLR76
D'ailleurs pour ces deux semaines, vous pourrez profiter en vidéo du docu-fiction réalisé pour fêter le centenaire de la loi de 1905 qui est divisé en 5 parties.
Bonnes vacances et à bientôt !
Retour sur le débat histoire/mémoire: le point de vue des historiens
Il y a pratiquement un an et demi 19 historiens de renom lançaient une pétition intitulée "Liberté pour l'histoire". Portée entre autres par le regretté René Rémond, elle se veut comme une réaction à la volonté de réécrire l'histoire du Parlement français par ce que l'on appelle les lois mémorielles. Ces historiens dénonçaient cette captation pour mieux affirmer haut et fort que l'histoire dépassait la mémoire. L'histoire est là pour établir les faits au profit de tous. Ce texte méritait d'être discuté encore après le projet de lois sur les aspects positifs de la colonisation. Il en reste une association du même nom que ce texte fondateur rassemblant près de 700 historiens et chercheurs français. N'hésitez pas à laisser vos commentaires.
Liberté pour l'histoire
Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :
L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.
L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.
L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.
L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.
L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'État, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.
C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.
Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.
Les signataires :
Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock
Liberté pour l'histoireÉmus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :
L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.
L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique.
L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui.
L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas.
L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'État, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.
C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.
Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique.
Les signataires :
Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock
06 août 2007
Mondialisation et protectionnisme
Peu d'hommes politiques mettent en avant une pensée sur la mondialisation. Phénomène ayant pris de l'essor dans les années 90, elle appelle de ses voeux une mutation de nos structures économiques, sociales et sociétales et suscite par là des craintes et des réactions telles que "l'altermondialisme". Le fait est que cette mondialisation concourant à un marché unique libre et transparent à l'échelle de la planète par le bouleversement des moyens de communication (Internet) se heurte de plein fouet à la réalité du monde et ses différences de développement. Les pays tels la Chine et l'Inde attirant les investisseurs par une main d'oeuvre moins onéreuse (et corvéable). Emmanuel Todd avait déjà tenté cette analyse au moment de l'élection présidentielle en préconisant la mise en place de mesures protectionnistes. Aujourd'hui, c'est un autre économiste, Jean-Luc Gréau, qui en appelle à ces mêmes mesures protectionnistes. Voici ci-dessous son interview dans Libération et un lien vers le discours de clôture de Nicolas Dupont-Aignan lors du colloque de Debout la République sur la mondialisation.
« Le retour au protectionnisme est inéluctable »
Faut-il augmenter les barrières douanières ?
Interview de Jean-Luc Gréau, économiste.
Par Grégoire Biseau
Libération, lundi 9 juillet 2007
Etrangement, c’est à la fois la question du débat économique la plus sulfureuse et la moins débattue : faut-il oui ou non recourir à des mesures protectionnistes pour mieux encadrer le commerce mondial ? Tentative d’explication avec l’économiste Jean-Luc Gréau.
Vous êtes un des rares économistes à remettre en cause les effets du libre-échange. Pourquoi ce débat semble aujourd’hui tabou ?
Deux raisons expliquent qu’aujourd’hui la contestation du libre-échangisme est devenue une question interdite. Il y a d’abord de la part des hommes politiques une vraie peur de se faire taxer d’extrémisme. Car, aujourd’hui, le Front National et une partie de l’extrême gauche sont les seuls partis qui se déclarent ouvertement opposés à ce système. Ensuite, il y a une pression constante du monde des affaires, et plus encore du secteur financier, à présenter ce débat comme éculé, synonyme d’un archaïsme économique.
Il est difficile de contester que la croissance mondiale est tirée par des puissances comme la Chine et l’Inde, qui se sont intégrées dans le commerce mondial grâce au libre-échange.
Le fait que le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine ait augmenté de 93 % depuis le début de cette année est bien le signe que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, l’Union européenne exporte 100 vers la Chine et importe 300 de produits made in China. Aux Etats-Unis, ce rapport est de 1à 6. Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre-échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. Le vrai risque c’est d’attendre trop longtemps que les emplois industriels en Europe aient totalement disparu.
Mais vous risquez de stopper net le développement de ces nouvelles puissances et donc de faire plonger la croissance mondiale.
Non. D’où provient la croissance mondiale aujourd’hui ? Un peu des Etats-Unis, mais surtout de l’Asie et dans une moindre mesure de l’Amérique latine. En Chine et en Inde, elle a été alimentée grâce notamment à l’élargissement du processus capitaliste, qui permet à ces pays d’élever leur niveau de compétence et de savoir-faire. Dans ce contexte, les multinationales, en investissement localement, jouent un rôle déterminant dans ce processus de développement. Il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le problème c’est que ces nouveaux pays ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social. Je considère que la Chine mène une politique économique impérialiste, dont ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni même l’Afrique ne bénéficient. Trois décisions majeures des autorités chinoises viennent d’illustrer cette ambition. D’abord, la création d’une société à capitaux publics pour être capable demain de construire un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et d’Airbus. Ensuite la volonté d’utiliser une partie des immenses réserves de change de la Chine pour investir sur les marchés financiers occidentaux. Enfin la hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement pour protéger son industrie nationale. Et pendant ce temps, l’Europe reste inerte.
Concrètement, quelles mesures protectionnistes préconisez-vous ?
D’abord, il ne s’agit surtout pas d’envisager un protectionnisme à l’échelle nationale, mais au niveau de l’Union européenne. Or l’UE n’est pas cette union douanière qu’elle devrait être : aujourd’hui le total des droits de douanes ne représente que 2 % de la valeur totale des échanges. C’est trop peu. Il ne s’agit pas non plus de décider d’un tarif commun unique, quels que soient les produits et les pays. Cela n’aurait aucun sens de vouloir par exemple taxer les produits américains. Il faut retrouver les conditions d’une certaine loyauté commerciale. Il s’agit donc de cibler les produits manufacturés en provenance de pays où le différentiel de coûts de production est trop important. Ces barrières douanières seraient par ailleurs une vraie incitation pour améliorer les conditions sociales et salariales des populations ouvrières de ces pays.
Mais à moyen terme, les coûts chinois vont augmenter et les conditions d’échange devraient donc se rééquilibrer.
Je ne le crois pas. Les écarts salariaux sont trop importants et la Chine comme l’Inde disposent d’une immense armée de réserve de main-d’œuvre qui leur permet de maintenir une pression constante sur les salaires. D’ici à ce que cet écart soit comblé, disons peut-être dans vingt-cinq ans, l’Union Européenne sera devenue un désert industriel.
Dans l’histoire, quand des pays ont décidé de mesures protectionnistes, cela s’est presque toujours soldé par des crises, voire des guerres.
On a souvent accusé le protectionnisme de la crise des années 30. En réalité, la crise était là avant que les mesures protectionnistes ne soient mises en place. Quant au risque nationaliste, cela n’a pas de sens si ce genre de politique est mené à l’échelle de l’Union européenne, un immense marché de 300 millions d’habitants. En revanche, si on ne fait rien, les tentations nationalistes risquent de nous couper définitivement du reste du monde.
« Le retour au protectionnisme est inéluctable »Faut-il augmenter les barrières douanières ?
Interview de Jean-Luc Gréau, économiste.
Par Grégoire Biseau
Libération, lundi 9 juillet 2007
Etrangement, c’est à la fois la question du débat économique la plus sulfureuse et la moins débattue : faut-il oui ou non recourir à des mesures protectionnistes pour mieux encadrer le commerce mondial ? Tentative d’explication avec l’économiste Jean-Luc Gréau.
Vous êtes un des rares économistes à remettre en cause les effets du libre-échange. Pourquoi ce débat semble aujourd’hui tabou ?
Deux raisons expliquent qu’aujourd’hui la contestation du libre-échangisme est devenue une question interdite. Il y a d’abord de la part des hommes politiques une vraie peur de se faire taxer d’extrémisme. Car, aujourd’hui, le Front National et une partie de l’extrême gauche sont les seuls partis qui se déclarent ouvertement opposés à ce système. Ensuite, il y a une pression constante du monde des affaires, et plus encore du secteur financier, à présenter ce débat comme éculé, synonyme d’un archaïsme économique.
Il est difficile de contester que la croissance mondiale est tirée par des puissances comme la Chine et l’Inde, qui se sont intégrées dans le commerce mondial grâce au libre-échange.
Le fait que le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine ait augmenté de 93 % depuis le début de cette année est bien le signe que quelque chose ne va pas. Aujourd’hui, l’Union européenne exporte 100 vers la Chine et importe 300 de produits made in China. Aux Etats-Unis, ce rapport est de 1à 6. Dans nos relations avec la Chine, nous ne profitons pas des supposés bénéfices du libre-échange. C’est pour cela que le retour d’un nouveau protectionnisme est inéluctable. Le vrai risque c’est d’attendre trop longtemps que les emplois industriels en Europe aient totalement disparu.
Mais vous risquez de stopper net le développement de ces nouvelles puissances et donc de faire plonger la croissance mondiale.
Non. D’où provient la croissance mondiale aujourd’hui ? Un peu des Etats-Unis, mais surtout de l’Asie et dans une moindre mesure de l’Amérique latine. En Chine et en Inde, elle a été alimentée grâce notamment à l’élargissement du processus capitaliste, qui permet à ces pays d’élever leur niveau de compétence et de savoir-faire. Dans ce contexte, les multinationales, en investissement localement, jouent un rôle déterminant dans ce processus de développement. Il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le problème c’est que ces nouveaux pays ont choisi un mode de développement qui privilégie la croissance de leurs exportations au détriment de l’énorme potentiel de leur demande intérieure et donc d’un certain progrès social. Je considère que la Chine mène une politique économique impérialiste, dont ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni même l’Afrique ne bénéficient. Trois décisions majeures des autorités chinoises viennent d’illustrer cette ambition. D’abord, la création d’une société à capitaux publics pour être capable demain de construire un avion de ligne chinois concurrent de Boeing et d’Airbus. Ensuite la volonté d’utiliser une partie des immenses réserves de change de la Chine pour investir sur les marchés financiers occidentaux. Enfin la hausse de 30 % des droits de douane à l’importation de certains biens d’équipement pour protéger son industrie nationale. Et pendant ce temps, l’Europe reste inerte.
Concrètement, quelles mesures protectionnistes préconisez-vous ?
D’abord, il ne s’agit surtout pas d’envisager un protectionnisme à l’échelle nationale, mais au niveau de l’Union européenne. Or l’UE n’est pas cette union douanière qu’elle devrait être : aujourd’hui le total des droits de douanes ne représente que 2 % de la valeur totale des échanges. C’est trop peu. Il ne s’agit pas non plus de décider d’un tarif commun unique, quels que soient les produits et les pays. Cela n’aurait aucun sens de vouloir par exemple taxer les produits américains. Il faut retrouver les conditions d’une certaine loyauté commerciale. Il s’agit donc de cibler les produits manufacturés en provenance de pays où le différentiel de coûts de production est trop important. Ces barrières douanières seraient par ailleurs une vraie incitation pour améliorer les conditions sociales et salariales des populations ouvrières de ces pays.
Mais à moyen terme, les coûts chinois vont augmenter et les conditions d’échange devraient donc se rééquilibrer.
Je ne le crois pas. Les écarts salariaux sont trop importants et la Chine comme l’Inde disposent d’une immense armée de réserve de main-d’œuvre qui leur permet de maintenir une pression constante sur les salaires. D’ici à ce que cet écart soit comblé, disons peut-être dans vingt-cinq ans, l’Union Européenne sera devenue un désert industriel.
Dans l’histoire, quand des pays ont décidé de mesures protectionnistes, cela s’est presque toujours soldé par des crises, voire des guerres.
On a souvent accusé le protectionnisme de la crise des années 30. En réalité, la crise était là avant que les mesures protectionnistes ne soient mises en place. Quant au risque nationaliste, cela n’a pas de sens si ce genre de politique est mené à l’échelle de l’Union européenne, un immense marché de 300 millions d’habitants. En revanche, si on ne fait rien, les tentations nationalistes risquent de nous couper définitivement du reste du monde.
02 août 2007
Les craintes du Protocole de Londres rassemblent
Alors que quelques esprits chagrins nous prédisaient un combat d'arrière-garde mené par quelques crypto-gaullistes ou crypto-souverainistes, le combat contre la ratification du Protocole de Londres par la France sera tout autre. Après le "collectif contre la ratification du Protocole de Londres" présidé par le linguiste Claude Hagège, le "collectif du droit à travailler en français" et la pétition que vous pouvez signer à partir de ce blog (en haut et à droite de cette page), c'est le tour des avocats d'exprimer leurs craintes sur cette capitulation juridique, économique et culturelle. Vous trouverez ci-dessous la dépêche AFP sur la réaction du Conseil national des barreaux et un lien vers la lettre que Nicolas Dupont-Aignan a adressé au président de la République, Nicolas Sarkozy, sur ce sujet. DLR reste vigilant et actif sur ce sujet majeur.
Protocole de Londres: les avocats français "vivement préoccupés"
PARIS, 1 août 2007 (AFP) - 01/08/2007 16h53
Le Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les avocats français, a exprimé mercredi sa "très vive préoccupation" face à la volonté du gouvernement de ratifier le protocole de Londres sur les brevets européens.
Ce protocole, signé par la France en 2001, prévoit notamment la renonciation à l'exigence de traduction intégrale des brevets rédigés en langue étrangère comme condition de leur opposabilité à un tiers, rappelle le CNB dans un communiqué.
"Sa ratification aura d'importantes conséquences juridiques, économiques et culturelles qui mettront en péril les professionnels français intervenant en matière de propriété industrielle, la compétitivité des entreprises et leur accès au droit", estime le CNB.
Seraient également en danger "les droits des justiciables et notre influence dans le droit international des affaires", poursuit-il, en appelant "instamment" les pouvoirs publics à ne pas ratifier le protocole.
Dans une tribune publiée le 12 juillet dans Le Monde, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, avaient plaidé pour la ratification, en soulignant que le protocole "permettrait d'alléger les coûts de traduction, qui représentent 40% de l'investissement initial en vue de l'obtention d'un brevet".
Des collectifs d'opposants se sont constitués, arguant entre autres que cette ratification reviendrait à céder à des pressions pour que l'anglais soit la seule langue en matière de propriété industrielle.
© 2007 AFP
Protocole de Londres: les avocats français "vivement préoccupés"PARIS, 1 août 2007 (AFP) - 01/08/2007 16h53
Le Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les avocats français, a exprimé mercredi sa "très vive préoccupation" face à la volonté du gouvernement de ratifier le protocole de Londres sur les brevets européens.
Ce protocole, signé par la France en 2001, prévoit notamment la renonciation à l'exigence de traduction intégrale des brevets rédigés en langue étrangère comme condition de leur opposabilité à un tiers, rappelle le CNB dans un communiqué.
"Sa ratification aura d'importantes conséquences juridiques, économiques et culturelles qui mettront en péril les professionnels français intervenant en matière de propriété industrielle, la compétitivité des entreprises et leur accès au droit", estime le CNB.
Seraient également en danger "les droits des justiciables et notre influence dans le droit international des affaires", poursuit-il, en appelant "instamment" les pouvoirs publics à ne pas ratifier le protocole.
Dans une tribune publiée le 12 juillet dans Le Monde, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, et le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, avaient plaidé pour la ratification, en soulignant que le protocole "permettrait d'alléger les coûts de traduction, qui représentent 40% de l'investissement initial en vue de l'obtention d'un brevet".
Des collectifs d'opposants se sont constitués, arguant entre autres que cette ratification reviendrait à céder à des pressions pour que l'anglais soit la seule langue en matière de propriété industrielle.
© 2007 AFP
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