29 juin 2007

Libéralisation du marché de l'énergie: histoire d'une étrange capitulation, par Nicolas Dupont-Aignan

A partir de dimanche, la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz sera effective en France. Cette libéralisation a été conjointement approuvée par Lionel Jospin et Jacques Chirac à Barcelone en 2002. Cette double signature, littéralement arrachée aux dirigeants français, gauche et droite réunie, à l’issue de plusieurs années de guérilla diplomatique, fut en réalité une véritable capitulation que l’on a cachée aux Français. La raison en est simple : notre pays avait le plus à perdre dans cette opération, qui revient à sacrifier sur le sacro-saint autel de la concurrence un atout économique loyalement acquis.

En effet, tous les experts, même les plus libéraux, la plupart des hommes politiques qui connaissent le dossier, et naturellement l’ensemble des professionnels du secteur reconnaissent que l’ouverture à la concurrence entraînera d’ici à quelques années (cinq tout au plus, selon le président d’EDF) une forte hausse des tarifs et affaiblira en conséquence tant la compétitivité des économies européennes (notamment française) que la capacité de l’UE a faire face à la crise énergétique annoncée.

Preuve indiscutable en France même : les entreprises qui sont passées en 2004 au marché libre, lors de la libéralisation du marché de l’électricité pour les gros consommateurs, le regrettent amèrement et ont obtenu du Parlement la possibilité de revenir (mais à titre transitoire seulement) à un tarif réglementé.

Pourtant tout continue comme si de rien n’était, dans le silence complice de la classe politique. Quant à la Commission de Bruxelles, véritable maître d’œuvre de cette ouverture à la concurrence, elle n’a cure des effets concrets de son dogme ultralibéral : pour elle, seul compte l’uniformisation à marche forcée des économies nationales.

On ne pourra pas dire dans quelques mois qu’on ne savait pas, puisque nous en avons l’exemple par la preuve dans les pays qui nous ont précédés. En République Tchèque, les prix de l’électricité ont grimpé de 51% depuis la libéralisation de 2006, en Suède de 74% depuis 1996. C’est exactement la même chose en Allemagne, en Espagne et partout ailleurs.

La France en souffrira encore plus, car son électricité était la moins chère d’Europe. Quant au gouvernement, il sera rapidement confronté au dilemme suivant : soit il se fâche avec les consommateurs pour obéir à Bruxelles, soit il s’expose aux poursuites de l’Union Européenne en cherchant à maintenir les tarifs régulés, fatalement appelés à disparaître sous la pression de la Commission et de la Cour Européenne de Justice.

En effet, grâce à sa capacité nucléaire, EDF produit une électricité très bon marché, à un coût nettement inférieur au prix du marché libre. Les concurrents d’EDF sont ainsi incapables de proposer des tarifs concurrentiels puisqu’ils ne bénéficient pas de la ressource abondante du nucléaire et doivent s’approvisionner auprès de producteurs soumis aux aléas du cours des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon,…).

Mais Bruxelles ne l’entend pas ainsi : si la concurrence ne peut pas exister, il faudra l’inventer de toutes pièces, même au détriment des consommateurs, de la compétitivité et de l’indépendance énergétique européenne ! Elle veut donc progressivement mais discrètement obliger la France à abandonner les tarifs réglementés et, dans l’intervalle, forcer EDF à vendre à bas prix sa production électrique à ses concurrents pour qu’ils puissent le concurrencer. On assiste en réalité à une véritable spoliation de la communauté nationale, qui a financé la création de l’industrie électronucléaire française, par des actionnaires privés. C’est en quelque sorte un 1981 à l’envers, un détournement de bien public au profit de quelques uns !
La raison veut donc que les Français gardent leur abonnement à EDF pour continuer à bénéficier du tarif réglementé. Mais, encore une fois, celui-ci est menacé. Le gouvernement français osera-t-il le défendre dans la durée, pour protéger ses consommateurs ? Rien n’est moins sûr, hélas… C’est pourquoi nos concitoyens doivent massivement boycotter le marché dérégulé, dans l’espoir de faire pression sur leurs gouvernants pour maintenir le tarif réglementé et conforter EDF pour investir à long terme.

Mais au-delà de la question tarifaire qui promet de belles empoignades, la libéralisation ne règlera pas la question majeure et centrale de la crise de l’énergie et du respect de l’environnement. Loin d’investir à long terme, l’expérience le prouve, les entreprises privées du secteur sont portées à augmenter leurs bénéfices, rémunérer leurs actionnaires et par OPA se lancer dans de ruineuses fusion-acquisitions qui obèrent leur capacité à gérer le présent comme à préparer l’avenir.

Le résultat est déjà là : l’Europe est en sous-capacité de production, les réseaux de transports sont insuffisants et le prix du marché libre flambe. Tout cela parce que, aveuglée par l’idéologie libérale et menée par le bout du nez par de puissantes multinationales, la Commission de Bruxelles ne défend plus l’intérêt général des Européens.

Il faudra donc avoir le courage de mettre sur la table le seul vrai projet industriel capable d’assurer l’avenir énergétique de la France : la fusion d’EDF et GDF. Mais, pour ce faire, il faudrait d’abord qu’en plus haut lieu on ait le courage de rompre les accords de Barcelone…

Vaste programme !

Non au marché dérégulé de l'énergie !

Veuillez trouver ci-dessous la dépêche de l'AFP sur le marché dérégulé de l'énergie. Vous pouvez retrouver les prises de positions et les propositions sur ce thème sur le site national de Debout la République et sur le site de la campagne présidentielle de Nicolas Dupont-Aignan.




Le député Dupont-Aignan appelle au boycott du marché dérégulé de l'énergie

PARIS - Le député gaulliste et souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (non inscrit) a appelé vendredi "tous les Français à boycotter le marché libre du gaz et de l'électricité" et à "conserver les tarifs réglementés".


"Il faut que chacun se mobilise, au côté des associations de défense des consommateurs, pour empêcher l'Etat et la Commission de Bruxelles de vider peu à peu les tarifs réglementés de leur substance, en les alignant en catimini sur ceux du marché européen", a estimé M. Dupont-Aignan, député de l'Essonne, dans un communiqué.


"Il ne reste plus à nos concitoyens que la résistance passive pour éviter" la "hausse très importante des tarifs" que la libéralisation entraînera, "comme dans tous les pays qui l'ont expérimentée", a-t-il ajouté.


Député UMP sous la précédente législature, M. Dupont-Aignan a rompu les ponts avec le parti de Nicolas Sarkozy en janvier 2007. Il a tenté sans succès - il n'a pas obtenu les 500 parrainages - de se présenter à l'élection présidentielle sous l'étiquette "Debout la République".


(©AFP / 29 juin 2007 11h33)

28 juin 2007

Débat sur l'université française

Alors que la réforme de la "gouvernance" de l'université se poursuit, voici une tribune d'Anne-Marie Le Pourhiet parue sur Marianne2007.info qui offre un contrepoint intéressant par rapport au discours médiatique ambiant.




Université : un coup d'épée dans l'eau
par Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l'Université Rennes 1, membre du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche.


Dans un colloque tenu au Conseil constitutionnel en 2006, en présence de plusieurs parlementaires dont Mme Valérie Pécresse, les juristes unanimes avaient dénoncé la malfaçon législative résultant du triomphe de la communication politicienne sur la prise en compte de l'intérêt général. Le projet de loi réformant l'Université n'échappe malheureusement pas à ce travers et la qualité de la recherche et de l'enseignement supérieur est encore sacrifiée sur l'autel de la « démocratie d'opinion ».



On nous avait annoncé la « rupture » qui devait enfin permettre à l'Université française d'enrayer la dégringolade vertigineuse provoquée par une mentalité et des structures issues d'un soixante-huitardisme éculé. Il fallait pour cela avoir le courage d'expliquer aux Français qu'environ un tiers des étudiants qui s'inscrivent à l'Université le font par défaut et ne possèdent pas les prérequis nécessaires pour y suivre les enseignements et y acquérir le diplôme espéré. Les moyens considérables ainsi gaspillés pour des étudiants voués à l'échec sont retirés à ceux qui auraient la possibilité de réussir avec un encadrement et des outils supplémentaires. Le nivellement par le bas et la dévalorisation des diplômes auxquels nous ont condamné des syndicats idéologues et sectaires ne peuvent être corrigés sans l'introduction d'une sélection à l'entrée, tandis que les formations courtes de type IUT doivent être multipliées et plus ouvertes. Mais le gouvernement a eu peur de voir de nouveau des étudiants descendre dans la rue et l'a d'ailleurs reconnu publiquement. Il a donc préféré suivre une nouvelle fois les exigences de l'UNEF qui conduisent à dévaloriser la Licence exactement comme on a bradé le baccalauréat. Ce syndicat, dont la capacité de nuisance est inversement proportionnelle à la représentativité (le taux de participation des étudiants aux élections universitaires est en moyenne de 10 % ), trouve encore le moyen d'ériger la « massification » en horizon indépassable et de s'insurger contre la possibilité d'une sélection à l'entrée du Master !



Mais il y a pire encore. Se fiant aveuglément aux propositions de la Conférence des présidents d'Université (CPU) dont on sait pourtant qu'elle ne se compose pas des éléments les plus brillants ni les moins démagogues de la communauté scientifique, le gouvernement s'est attaché à prendre le parti de la médiocratie contre celui de la qualité dans le recrutement des enseignants-chercheurs comme dans la « gouvernance » des établissements. Le projet de loi privilégie, en effet, le localisme dans les recrutements et donne au président de l'Université un droit de veto exorbitant sur l'affectation de tous les enseignants-chercheurs auquel s'ajoute la possibilité d'en recruter par voie contractuelle. L'absence de toute référence dans le texte au maintien des concours d'agrégation de droit, science politique, économie et gestion laisse même envisager une possible suppression de ce recrutement spécifique fondé sur l'excellence, dont on sait qu'il agace les présidents d'Université et les doyens qui n'en sont pas issus. Le recrutement « local » a toujours inexorablement fait passer les médiocres devant les meilleurs au point de voir discréditer définitivement les Universités qui l'ont trop pratiqué. C'est pourtant ce localisme qui triomphe dans le projet de loi au mépris des intentions affichées de redorer le blason de la recherche française et de stopper la fuite des cerveaux.



Enfin, le Conseil d'administration de l'Université a été resserré à vingt membres mais les professeurs n'y sont plus qu'au nombre de quatre tandis qu'on attribue sept sièges à des « personnalités extérieures » nommées discrétionnairement par le président et trois autres à des représentants d'étudiants alors même que ceux-ci font un séjour moyen de quatre ans à l'Université et manifestent traditionnellement fort peu d'intérêt pour ces élections. Dans les Universités pluridisciplinaires comportant plusieurs composantes (unités ou facultés) on est donc assuré que plusieurs d'entre elles (droit, pharmacie, sciences économiques ou autres) n'auront aucun représentant professeur au sein du Conseil.



Ce texte ne consacre nullement l'autonomie de l'Université et de ses composantes mais se borne à instaurer une dictature du président de l'établissement en faisant le choix du pouvoir contre le savoir. Ignorant délibérément les problèmes de fond décrits dans l'excellent livre intitulé Université : la grande illusion (dir. Pierre Jourde, éd. L'esprit des Péninsules, 2007) il amplifie la dérive médiocratique de l'Université française plus qu'il ne le corrige.

24 juin 2007

L'Europe contre les peuples, par Nicolas Dupont-Aignan

L’accord des 27 dirigeants ce matin à l’aube est un mauvais coup contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

On assiste à la revanche des fédéralistes européens qui n’avaient pas supporté les NON français et hollandais à la Constitution européenne. Une revanche minutieusement préméditée puisque cette fois-ci tout est fait pour éviter de consulter les peuples. La ficelle est un peu grosse mais la manœuvre est habile.

Tout d’abord les dirigeants européens ont joué la crise pour faire croire à l’opinion que la panne d’Europe était la conséquence des refus français et hollandais alors qu’elle en était au contraire la cause. Ensuite ils ont minoré l’impact du traité le faisant passer pour un simple compromis entre les pays qui ont voté la Constitution et ceux qui l’ont refusé. Enfin, ils en déduisent que cela ne sert donc à rien de consulter les peuples et que les parlements feront bien l’affaire.
La réalité est bien évidemment tout autre. Le traité dit simplifié est une Constitution bis. Il reprend le cœur institutionnel du texte de 2005 qui consacrait l’Europe supranationale.

  • l’extension du domaine du vote à la majorité qualifiée supprime le droit de veto dans des secteurs clefs (immigration, négociations commerciales, sécurité intérieure etc…) C’est pour la France une catastrophe puisqu’elle est minoritaire dans une Europe à 27. La position de Nicolas Sarkozy est à cet égard incompréhensible. Comment peut-il la veille à Paris menacer les négociations commerciales à l’OMC d’un veto français alors qu’il s’en prive pour toujours le lendemain à Bruxelles ?
  • la personnalité juridique unique de l’Union et l’intégration de la charte des droits fondamentaux par une référence au traité affirme le super Etat européen (la Grande Bretagne a obtenu une exception) ;
  • la règle de la double majorité est acceptée (même si elle ne s’appliquera qu’en 2014 – 2017) et déséquilibre le couple franco allemand plaçant l’Allemagne en position de force au cœur de toutes les majorités.
Les différences entre le nouveau traité et l’ancienne constitution sont superficielles. Le France se targue d’avoir obtenu des avancées. Dans l’article sur les objectifs de l’Union, Nicolas Sarkozy a obtenu de supprimer la référence à la concurrence « libre et non faussée » mais ce principe est maintenu dans les traités existants !

Le Ministre des affaires étrangères perd son titre mais garde ses compétences. Il y a certes un protocole sur les services publics mais comment les sauvera-ton quand on sera mis en minorité au Conseil européen ?

En vérité, la supercherie est bien là. Pour endormir les Français on a supprimé le paquet cadeau et les rubans mais on a gardé le même produit. L’adoption de ce Traite représenterait un pas décisif vers la supranationalité. Cela conduirait un peu plus à la dépossession des peuples de leur souveraineté démocratique. Malgré leur refus ils pourraient en effet se voir appliqué dans de multiples domaines les dispositions législatives.

Pour la France, au modèle social et républicain minoritaire dans l’Europe à 27 cela signifierait la condamnation à mort de son exception et la fin de son indépendance. On ne peut pas comme vient de le faire Nicolas Sarkozy d’un côté se faire élire sur le refus de la pensée unique, la baisse de l’euro, une nouvelle protection aux frontières, et de l’autre côté accepter à Bruxelles les mécanismes des décisions supranationaux qui, nous mettant en minorité, empêcheraient la France de se redresser.

C’est pourquoi, tous ceux qui croient encore possible une autre politique pour notre pays doivent combattre ce texte. Il faut réveiller les peuples, leur expliquer les conséquences pratiques sur leur vie quotidienne. En France j’invite tous ceux qui ont voté NON à la Constitution européenne à se mobiliser pour exiger un référendum. L’UMP n’a pas au Parlement la majorité des 3/5ème lui permettant de faire voter la révision constitutionnelle préalable à l’adoption du traité. Il faut donc faire pression sur chaque Député quel que soit son parti pour lui demander de respecter le peuple en le consultant.

Comment en effet les dirigeants européens peuvent-ils croire sérieusement bâtir l’Europe en maîtrisant à ce point les peuples ? Ce coup de force ne doit pas passer, c’est aussi une question de moral politique. Il faut par ailleurs bien sûr préparer une autre Europe, celle des coopérations projet par projet qui respecte les Nations tout en leur permettant de relever les défis de la mondialisation.

Voilà le bel enjeu des deux prochaines années ! Faire aimer l’Europe en délimitant les frontières, en réformant l’euro, en rédigeant un vrai traité pour une confédération d’Etats nations.

23 juin 2007

Une présidentialisation sous tutelle européenne ?, par Nicolas Dupont-Aignan

Aujourd’hui, le Président de la République a convié à l’Elysée les Parlementaires de l’UMP, du Nouveau Centre et les non inscrits comme moi, autour d’un «buffet déjeunatoire» d’un type nouveau sous la 5ème République.

Assis dans la salle des fêtes, nous avons écouté un long discours-programme du Président de la République. Propos bien sûr retransmis à la télévision.

Cet exercice appelle de ma part deux remarques, l’une sur la forme, l’autre sur le fond.

Sur la forme, la présidentialisation du régime est confirmée : un pas supplémentaire a ainsi été franchi avec ce quasi-discours de politique générale. Résultat : la fonction de Premier Ministre est progressivement vidée de son sens. Que pourra dire ce dernier devant l’Assemblée Nationale mardi prochain ? Soit il répète les propos du Président et son discours perd tout intérêt, soit il s’en écarte et les observateurs ne manqueront pas de s’en étonner. Le Premier Ministre devient ainsi une sorte de Vice-président américain.

L’autorité du Président s’affirme de plus en plus sur la majorité parlementaire. En convoquant la seule majorité à l’Elysée et en détaillant son programme comme s’il était déjà voté, le Président réduit encore plus l’autonomie des Députés et Sénateurs, simplement chargés des modalités d’application de ses décisions.

Et c’est bien là que la situation devient dangereuse. Car aux Etats-Unis, le Congrès est indépendant du Président. Il y a négociation entre eux, non pas sujétion. De surcroît, les élections à la Chambre des représentants sont fréquentes, et coïncident rarement avec celle du Président.

On peut comprendre la volonté de Nicolas SARKOZY de s’engager à fond dans son mandat. On ne peut cependant que s’interroger sur les dangers de tout concentrer à l’Elysée, au risque de voir le paratonnerre autrefois à Matignon se déplacer rue du Faubourg St Honoré.

Il faut aussi prendre garde à ne pas déséquilibrer davantage les pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.

En tous cas, je ne regrette pas un instant de garder ma liberté en figurant sur les bancs des Non Inscrits de l’Assemblée Nationale. Plus que jamais notre démocratie aura besoin d’Hommes libres.

Sur le fond, le discours de Nicolas SARKOZY était offensif : je peux le signer des deux mains.

Refus de la pensée unique, volontarisme économique, critique de l’Euro et du désarmement commercial unilatéral européen, …. la liste est longue des propos que je ne cesse de tenir moi-même depuis dix ans.

Mais alors, pourquoi partir demain à Bruxelles pour négocier un mini traité qui reprend les pires dispositions de la Constitution ?

L’extension de la majorité qualifiée dans de très nombreux domaines est une menace directe contre nos intérêts nationaux dans la mesure où elle conduira fatalement à la mise en minorité de la France sur des sujets aussi fondamentaux que l’agriculture, l’immigration, les négociations commerciales à l’OMC, les services publics, l’exception culturelle,… Cette extension anéantira tout droit de veto de la France, un droit de veto dont le Président vient pourtant de brandir la menace pour empêcher un mauvais accord agricole à l’OMC !

La pondération démographique remet excessivement en cause l’égalité entre la France et l’Allemagne en Europe, pilier fondamental de leur réconciliation depuis 1958, au risque de compromettre l’amitié franco-allemande.

En vérité, on nous prépare une mini-constitution bis, dont la ratification, de surcroît, est prévue par la voie parlementaire.

J’ai écrit à Nicolas SARKOZY il y a déjà dix jours pour le mettre en garde contre cette folie politique et institutionnelle. Ma lettre est désormais publique.

Car, au-delà de la vision que l’on peut avoir de l’Europe, il faut bien comprendre qu’en signant un tel traité, la France s’interdirait de mettre en œuvre le redressement nécessaire.

J’invite tous ceux qui veulent en savoir plus à lire ma lettre. En tous cas, je ferai tout pour éviter que l’on passe autour du cou de la Nation le nœud coulant de la supranationalité !

15 juin 2007

Incorrigible Parlement européen !, par Nicolas Dupont-Aignan

Le 7 juin, le Parlement européen s’est une fois de plus distingué en adoptant une de ces résolutions dont il a seul le secret : par 469 voix pour (141 contre et 32 abstention), l’auguste assemblée, « considérant qu’une large part des réserves exprimées lors des référendums français et néerlandais étaient liés au contexte plutôt qu’au contenu », « réaffirme son soutien au contenu du traité constitutionnel et demande la conclusion du processus de ratification du nouveau traité d’ici à la fin 2008… ».

Quant aux « préoccupations exprimées par la France et les Pays-Bas et au débat qui s’est tenu dans ces deux pays », le PE en « prend note », pour aussitôt souligner que « deux tiers des Etats membres ont déjà ratifié le traité et que quatre autres ont clairement exprimé leur engagement en faveur des dispositions qu’il contient. »

Pour les non-initiés au langage alambiqué de l’assemblée de Bruxelles, cela signifie tout simplement que le PE appelle les négociateurs à reprendre l’intégralité des dispositions neuves de la Constitution européenne, au mépris total de la voix démocratique qu’ont fait entendre les Français et les Hollandais. Mais, attention, le Parlement européen sera disposé à une concession de taille : dans sa magnanimité, il serait prêt à renoncer au nom de « Constitution ». Voilà qui rassurera sans aucun doute les citoyens des deux pays !

Bien entendu, les résolutions de ce type n’ont aucune valeur contraignante pour les Etats. Elles sont simplement des pétitions de principe au moyen desquelles le PE entend influencer les gouvernements nationaux et tracer la route de la prétendue démocratie supranationale à venir.

Purement incantatoires, ces résolutions n’en sont pas moins odieuses, puisqu’elles contestent une fois de plus, au nom d’une conception de la démocratie prétendument supérieure à la démocratie nationale, le droit fondamental individuel et collectif des citoyens à disposer d’eux-mêmes.

Souvenez-vous, c’est exactement le même argument qu’invoquaient les idéologues de la constitution soviétique de 1936 : « Face aux démocraties bourgeoises formelles, l’URSS incarne une démocratie en devenir d’une qualité bien supérieure, ce qui justifie bien sûr quelques petites entorses aux principes fondamentaux. La démocratie radieuse de demain mérite bien qu’on bafoue celle, pourrie, d’aujourd’hui ! » Discours combien de fois entendu dans la bouche de dictatures en mal de légitimité…

Mais le vrai scandale, c’est l’indifférence polie que suscite, au mieux, ce genre de discours dans une classe politique et médiatique complaisante ou paresseuse. Lors d’un débat à la radio au moment de l’adoption de la directive Bolkestein soi-disant expurgée de ses défauts les plus criants (le principe du pays d’origine, notamment), un journaliste en vue m’avait confié en « off » qu’il n’avait « naturellement » pas lu le projet de résolution et qu’il en ignorait jusqu’au contenu, se bornant à faire confiance aux rapporteurs du projet ! Drôle de quatrième pouvoir, à en faire se retourner dans sa tombe celui qui fut l’inventeur de ce concept.

Quant aux eurodéputés français, lorsqu’ils siègent à Bruxelles, c’est la plupart du temps pour prêter main forte à des résolutions scandaleuses comme celle du 7 juin. D’ailleurs, à l’heure où je vous écris, les minutes du Parlement européen semblent préciser qu’aucun d’entre eux n’était présent dans l’hémicycle lors de ce vote.

De ce bal d’hypocrites provient une grande part du flou démocratique européen, dont ceux qui s’en lamentent le plus bruyamment sont bien souvent les premiers à l’entretenir !

En se battant pied à pied ces prochains mois contre tout nouveau traité qui aggraverait les dérives européennes actuelles au lieu de les corriger, c’est cette comédie parlementaire que j’entends dénoncer auprès de nos concitoyens. Mais aussi son danger !

L’abstention massive et presque narquoise que les Français réservent à chaque élection européenne, montre bien qu’ils n’accordent aucun crédit au Parlement de Bruxelles. Mais ils n’ont qu’à moitié raison, car ce dernier joue un rôle réel, et de plus en plus grand, dans des décisions économiques et sociales majeures pour leur vie quotidienne.

J’espère ainsi que ce vote, après ceux sur l’Irak, la directive Bolkestein, la disparition du siège permanent de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies, contribuera à faire prendre conscience aux Français de l’importance réelle des futures élections européennes de 2009 : pour faire valoir vos aspirations et défendre la démocratie, aux urnes citoyens !

12 juin 2007

Lendemain de victoire, par Nicolas Dupont-Aignan

La nuit fut courte mais heureuse. Pourquoi ne pas le reconnaître : mon élection dès le 1er tour avec un score encore amélioré par rapport à 2002 me procure un grand bonheur. Malgré la candidature réussie du MODEM (7,1%) qui n’était pas présent en 2002 je gagne presque 4 points (57,4% hier contre plus de 53% en 2002).

Après la déception de ne pas avoir pu concourir au 1er tour de l’élection présidentielle, la confiance des électeurs apaise les cicatrices de la vie politique et donne l’énergie de poursuivre le combat.

Je suis d’autant plus heureux que l’analyse des résultats par secteurs démontre une percée dans des bureaux de vote pourtant favorables à Ségolène Royal ou François Bayrou au 1er tour de la présidentielle.

Je suis majoritaire ou même largement en tête dans tous les « quartiers difficiles » de la circonscription. L’électorat populaire me récompense ainsi autant pour le travail de terrain au quotidien que pour mon indépendance d’esprit politique au niveau national. Je suis aussi heureux de voir la fidélité des Yerrois qui depuis 12 ans sont toujours là à mes côtés.

Je ne regrette pas d’avoir fait preuve de franchise vis-à-vis des électeurs en affichant haut et fort mon appartenance à Debout la République. J’ai clairement indiqué que si je soutenais la majorité présidentielle, je ne reviendrai pas à l’UMP et que je resterai « moi-même » à l’Assemblée Nationale notamment sur les questions européennes.

En un mot, les électeurs ont approuvé ma vision d’un partenariat vigilant.

Partenaire car la France ne peut pas se permettre d’échouer à nouveau. Il faut donc aider le gouvernement à réussir.

Vigilant car l’ampleur de la majorité qui s’annonce exige de la diversité et de la liberté. Les Français attendent des résultats tangibles et il faudra, à l’Assemblée Nationale, des Députés capables de faire respecter les engagements et de s’en donner les moyens.

Ma victoire malheureusement sera solitaire au sein de Debout la République. Malgré des scores honorables (17 candidats dépassent les 5%, ou 1% des voix) les 62 candidats de Debout la République ne permettront pas, en raison du durcissement de la loi, de bénéficier du financement des partis (il en fallait 50 à plus de 1% chacun). Pour autant, il ne faut pas se décourager. Jamais nos idées n’ont été autant au cœur du débat. Le Président et la majorité ont été élus sur le retour de la Nation, le sens de l’effort et du mérite. Toute la question est désormais de savoir si les actes suivront les discours.

A nous d’exiger ; à nous d’incarner la cohérence qu’attend le peuple.

A bientôt.

Une attente immense, par Nicolas Dupont-Aignan

A la veille du 1er tour, la campagne législative s’achève. Après beaucoup de réunions publiques et de nombreux après-midis de porte à porte, je perçois encore davantage combien l’attente des Français est immense.

Chaque circonscription a sa spécificité. Pour autant, ce que j’entends depuis des semaines ici dans la 8ème de l’Essonne n’est pas fondamentalement différent de ce que j’ai pu constater au cours de tous mes déplacements dans le pays à l’occasion de la précampagne présidentielle.

Tout d’abord nos concitoyens ne supportent plus l’incapacité de la police et de la Justice à faire respecter la loi de la République. Je pourrais citer des dizaines d’anecdotes toutes plus révoltantes les unes que les autres. Trafic de drogue au pied des immeubles, mini motos pétaradantes au milieu des enfants, véhicules détériorés pour la quatorzième fois, cages d’escaliers toujours occupées, etc. Les habitants des quartiers HLM ne comprennent pas pourquoi les forces de l’ordre ne peuvent pas agir. Une résignation générale l’emporte. Alors, bien sûr, certains répondront qu’il ne s’agit que d’incivilité, que la police ne peut pas tout, que la Justice fait de son mieux.

Mais le résultat est là. Un vrai mal de vivre s’est emparé de nos banlieues alors même que l’on n’a jamais autant investi dans la réhabilitation des immeubles. Seule la réforme de la Justice permettra de remonter la pente. A chaque délit doit correspondre une sanction. On en est si loin quand on apprend que trois meneurs à la tête d’une bande de trente jeunes ayant tabassé trois policiers ne sont condamnés qu’à cinq mois avec sursis !

Au même moment, on n’a jamais autant arrêté les automobilistes à 3 heures de l’après midi pour un défaut de ceinture, ou un dépassement de 3 kilomètres heure… Certes, le respect du code de la route est une chose sérieuse, mais seule la répression de tous les délits – notamment ceux liés à la « petite délinquance » - en garantira la crédibilité et la parfaite légitimité. On ne peut pas, d’un côté, refuser l’amnistie pour des infractions au stationnement, secondaire en matière de trouble à l’ordre public et, de l’autre, continuer à laisser des petits délinquants pourrir la vie de quartiers entiers !

Ensuite, nos concitoyens sont hantés par le chômage et la précarité sociale. Les statistiques officielles du chômage ou de l’inflation sont déconnectées de la situation réelle, vécue. L’écart entre les plus aisés et les plus modestes ne cessent de s’accroître. Les dépenses incompressibles (impôts locaux, téléphone, EDF, loyer) sont en hausse tandis que le pouvoir d’achat, compte tenu de la multiplication des temps partiels, des CDD ou de la stagnation des retraites, est laminé.

Alors même que nous sommes dans des communes où le chômage est plus faible que dans le reste de la France, les jeunes et surtout les plus de 50 ans se sentent écartés du système. Bien évidemment la situation n’est pas aussi difficile pour tous. Mais comme beaucoup le répètent depuis des années, personne aujourd’hui, même dans les classes moyennes, ne se sent à l’abri d’une chute, d’une rupture. C’est pourquoi, la priorité des priorités doit être la lutte contre le chômage. A cet égard, je suis inquiet de voir le gouvernement concentrer ses forces budgétaires sur la baisse des charges sur les heures supplémentaires qui risque de dissuader nos entrepreneurs d’effectuer de nouvelles embauches. Oui à la baisse des charges mais équivalente pour les heures supplémentaires comme pour tout nouveau recrutement.

La troisième difficulté concerne la qualité de vie. La dégradation des conditions de transports pèse lourd sur le moral des habitants. A force d’entasser toujours plus de bureaux à l’ouest de Paris et d’éloigner loin de la capitale les logements, les déséquilibres deviennent ingérables. Là aussi je ne cesse de réclamer un plan cohérent d’aménagement de l’Ile-de-France.

En un mot, les Français attendent une vraie volonté politique. Je suis d’ailleurs très impressionné par le caractère très tranché des opinions sur le nouveau Président de la République. Beaucoup, notamment dans les quartiers populaires, attendent de lui des résultats rapides et tangibles. D’autres manifestent un rejet épidermique. La grande majorité veut y croire. L’enjeu est là. Après l’échec de la gauche avec François Mitterrand, celui de la droite avec Jacques Chirac, la France n’a plus droit à l’erreur !

01 juin 2007

Le temps des réalités... et des choix, par Nicolas Dupont-Aignan

Hier au journal télévisé de FR3 de fin de soirée, la réalité de la France d’aujourd’hui a repris le dessus sur le temps des promesses de la campagne présidentielle.

Des ouvrières d’une usine de fabrication de chaussures professionnelles du Gard criaient leur colère de voir leurs 250 emplois délocalisés en Tunisie. Dans un département déjà sinistré, l’hémorragie des délocalisations continue. La confrontation entre les directeurs impassibles et ces femmes et ces hommes qui voyaient le sol se dérober sous eux valait mieux que tous les discours sur le drame de ces dizaines de milliers d’emplois supprimés à travers tout le pays.

Le défi économique et social des cinq prochaines années est là. C’est pourquoi, à mon sens, toute la politique du gouvernement devrait se concentrer sur cette question. Aucun résultat ne verra le jour si on ne traite pas enfin les racines du mal. Un euro surévalué, un libre échange déloyal, des charges trop élevées, une formation professionnelle et une politique de l’innovation défaillantes.

Les deux premières causes renvoient à la politique européenne suicidaire de la Banque Centrale européenne et de la Commission. Il faut que les actes du nouveau Président de la République suivent maintenant ses discours. A cet égard, je suis inquiet de voir se préparer un mini-traité européen renforçant la part des votes à la majorité qualifiée alors que seul le droit de veto permettrait à la France de ne pas être minoritaire dans une Europe à 27. La preuve en est d’ailleurs que Nicolas Sarkozy vient d’en brandir la menace sur les négociations à l’OMC ! Si la Constitution européenne avait été adoptée, le Président de la République n’aurait pas pu menacer d’un veto la Commission puisque le domaine des négociations commerciales était censé passer d’un système de vote à l’unanimité (permettant le veto d’un pays) à un système de vote à la majorité qualifiée (laissant la France sans capacité de blocage).

Quant à la volonté de réformer la Banque Centrale européenne, il ne faut pas qu’elle s’évanouisse à peine le Président élu.

La question centrale des charges sociales renvoie à la politique fiscale et budgétaire de l’Etat. La politique de déductions fiscales tous azimuts amorcée par le gouvernement ne doit pas se faire au détriment du soutien à la création d’emploi par la baisse des charges et de l’aide à l’investissement dans l’innovation. Améliorer le pouvoir d’achat des Français peut être un plus, mais c’est la solvabilité des ménages grâce à la création d’emplois qui demeure la priorité. C’est bien de vouloir acheter son logement mais il faut avoir un emploi pour pouvoir rembourser les emprunts même réduits !

S’il est légitime d’offrir une déduction fiscale de 20% des intérêts d’emprunts pour un prêt immobilier, encore faut-il la réserver aux primo-accédants et ne pas négliger dans le même temps le développement des Prêts à Taux Zéro. Ainsi l’Etat conservera des munitions budgétaires pour aider les entreprises à affronter la concurrence et éviter ainsi les terribles délocalisations.

A suivre…