28 novembre 2007

Quel avenir pour les nations ?

A l'heure où sévit une grave crise nationale en Belgique opposant Wallons (francophones) et Flamands (néerlandophones), notre ami Roland Hureaux vient de faire paraître un article sur Marianne2.fr pour défendre la nation contre une vision ethniciste de l'Europe. La question est donc posée: doit-on militer pour l'explosion d'une nation qui en appelera d'autres ou doit-on favoriser toute réconciliation nationale où cela se présente ? Nous ouvrons le débat sur le site DLR 76. N'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de la tribune de Roland Hureaux reproduite ci-dessous.


Crise belge: retour sur les notions de nation et d'ethnies

A l'occasion de la crise belge et plus généralement de la mise en cause des frontières nationales, Roland Hureaux rappelle qu'aucun Etat moderne dans le monde ne coïncide avec des réalités ethniques.

La menace bien réelle qui pèse sur la survie de la Belgique, dépourvue de gouvernement depuis bientôt six mois en raison de la mésentente des Flamands et des Wallons amène certains à remettre en cause les Etats dits artificiels.

Des menaces non moins sérieuses pèsent sur l'Espagne où la revendication des «autonomies» va aujourd'hui de plus en plus loin.

Le thème des Etats artificiels avait un temps fait florès en Afrique où de bonnes âmes dénonçaient le caractère arbitraire des frontières héritées de la colonisation, qui ne tenaient pas compte des réalités tribales.

Il existe aujourd'hui en Europe des mouvements, bien vus en Allemagne mais aussi à Bruxelles qui, au nom de la défense des cultures et des langues régionales, ou au nom de l'«Europe des régions», promeuvent sournoisement un redécoupage de l'Europe sur une base ethnique, ce qui aurait pour effet, selon une recette expérimentée en d'autres temps, de grossir l'Allemagne et d'amoindrir à peu près tous les autres Etats !

Des revendications qui contredisent la réalité
Ces discours récurrents ne tiennent pas compte d'une donnée fondamentale : dans aucun continent, les Etats modernes – et même ceux qui ont une histoire déjà longue -, ne coïncident avec des réalités ethniques. Partout dans le monde, et pas seulement en Afrique, des frontières coupent des tribus, des peuples, des civilisations homogènes. Le recensement de ces situations serait long : les Thaïs se trouvent non seulement en Thaïlande mais aussi au Vietnam, les Malais en Malaisie et en Indonésie, les Patchounes au Pakistan et en Afghanistan, les Kirghiz en Afghanistan et au Kirghizstan, les Ouzbeks en Afghanistan et en Ouzbékistan. Il y a des Azéris en Azerbaïdjan et en Iran et, des Russes au Kazakhstan etc.

Le cas le plus problématique et sans doute celui qui mérite aujourd'hui d'être le plus pris au sérieux est celui des Kurdes, dépourvus d'Etat et répartis entre l'Iran, l'Irak, la Turquie et même la Syrie. On sait que la même situation est de règle en Afrique, avec par exemple les Masaïs éclatés entre les le Kenya et la Tanzanie, les Tswanas entre l'Afrique du Sud, le Botswana et le Zimbabwe, les Ovimbundus entre l'Angola et la Namibie, ou encore les Sarakolés entre le Mali et le Sénégal. Curieusement un des pays les plus désordonnés de ce continent est la Somalie, ethniquement homogène, celui qui a connu les massacres les plus horribles, le Rwanda dont les frontières, loin d'être artificielles, sont bien antérieures à la colonisation. Le problème se pose différemment en Amérique où l'immigration européenne, la traite des Noirs, le métissage ont largement estompé les clivages ethniques antérieurs à la découverte. Au contraire, on chercherait en vain les différences ethniques entre des pays comme l'Argentine, le Chili ou l'Uruguay, voire les Etats-Unis et le Canada anglophone. Ce dernier s'inscrit au contraire dans un ensemble biculturel, contesté mais qui subsiste toujours.

Accepter la part d'arbitraire des frontières nationales
Pourquoi donc s'offusquer qu'il y ait des Flamands en Belgique, en France et des cousins très proches aux Pays-Bas ? Des Flamands et des francophones en Belgique, que l'ethnie basque se trouve répartie entre la France et l'Espagne (9/10 en Espagne, 1/10 en France), la culture catalane également entre la France et l'Espagne, qu'il y ait des francophones en France, en Belgique, en Suisse et en Italie, que les Corses français soient culturellement proches de l'Italie, les Alsaciens de l'Allemagne. Rappelons qu'il y a des Hongrois en Slovaquie et en Roumanie, des Bulgares et des Albanais en Macédoine. Les seules tentatives de créer au XXe siècle des Etats ethniques furent le fait de régimes totalitaires : le régime nazi, bien sûr, le régime soviétique (quoique le découpage des républiques soviétiques selon le critère ethnique : Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan etc.) n'ait pas été partout parfait, et l'Afrique du Sud qui créa lui aussi des Etats artificiels sur une base ethnique, les bantoustans. Peu glorieuses références. Les opérations de « purification ethnique » visant à créer des Etats homogènes qui ont eu lieu, au détriment des Allemands en 1945 et (principalement) des Serbes en 1995 furent des tragédies qui ne sauraient non plus être érigées en exemples. C'est dire qu'on aurait tort de regarder avec un a priori systématiquement bienveillant toutes les revendications autonomistes, voire indépendantistes qui se déchaînent aujourd'hui à travers l'Europe – pas seulement en Belgique - et le monde. Certaines de ces revendications (nous avons évoqué le cas des Kurdes) sont compréhensibles du fait de la dimension du peuple concerné et de sa spécificité, beaucoup d'autres portent avec elles le risque d'une régression ethniciste, laquelle, si elle devait être généralisée replongerait le monde – et pas seulement l'Afrique – dans le chaos.

L'Afrique après la colonisation s'est, avec sagesse, fixée comme règle l'intangibilité des frontières tracées à l'indépendance; ce principe fut longtemps un des fondements de l'ONU, et en Europe un des piliers des accords d'Helsinki. Il est regrettable que l'on ait fait une exception avec la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, aujourd'hui éclatées. Il est encore plus risqué que les Américains et les Européens, avec une invraisemblable légèreté, encouragent l'indépendance au Kosovo qui a la taille de deux départements français ! Une décision qui serait lourde de conséquences, sans doute funestes, à commencer par l'éclatement de la fragile Bosnie multiethnique.

Si l'on considère ce qui se passe à travers le monde, il y a au total le niveau de l'ethnie – qu'elle soit conçue comme une entité raciale ou seulement culturelle -, il y a ou il y a eu dans certains cas celui de l'Empire, fédérant des entités diverses et hétérogènes (Empire romain, Empire britannique, Empire français) ; il y a entre les deux l'Etat national doté généralement d'une certaine homogénéité mais pas de manière systématique, loin s'en faut. Ce dernier n'est pas, comme la tribu, un produit de la nature, ni comme l'Empire de la conquête et de la contrainte, il résulte de l'histoire et de la civilisation. Il est à prendre comme tel.

Roland Hureaux
Essayiste

26 novembre 2007

Face à la crise des banlieues, encore et toujours la politique des mesurettes !, par Nicolas Dupont-Aignan

Les incidents de Villiers le Bel rappellent à l’opinion combien les « cités » françaises sont hautement inflammables.

Malheureusement, sur le terrain rien n’a véritablement changé depuis 2 ans. Certes, des milliards sont dépensés pour démolir des tours et rebâtir des logements plus vivables mais les causes profondes de la crise demeurent. La faiblesse de l’Etat, le déficit d’éducation, le double langage de ceux qui devraient montrer l’exemple, l’anémie économique.

Jamais les effectifs de police n’ont été aussi faibles dans les commissariats de quartier, les bureaux de police de proximité ferment les uns après les autres et des questions pourtant simples à résoudre, comme l’interdiction d’importation des mini-motos, sont laissées en jachère.

Depuis des mois, je dénonce le scandale de ces engins non-homologués, interdits de circulation qui sont vendus pour rien sur Internet et dans les hypermarchés. Dans les cités, ces motos sont utilisées sans casque, sans éclairage, par des enfants. La plupart du temps, la police ne peut intervenir sans que les contrevenants prennent la fuite, mettant en danger leur propre vie et celle d’autrui. Combien de morts faut-il attendre pour enfin prendre la seule mesure raisonnable : l’interdiction pure et simple de la commercialisation ? Je pourrais aussi parler de la Justice, dont les délais d’action (lorsque action il y a !) et la mansuétude encouragent les attitudes délinquantes.

De même, on parle toujours autant de lutte contre l’échec scolaire mais les premières annonces prometteuses de renforcement des effectifs dans les établissements qui en ont le plus besoin (par exemple les LEP) ne porteront leurs fruits que si elles sont réellement suivies d’effet notamment pour le personnel non enseignant, qui fait cruellement défaut. Dans ma ville, par exemple, les médecins scolaires, infirmières, assistantes sociales manquent. Les établissements privés, où l’encadrement est assuré, voient leur liste d’attente s’allonger chaque année, le flux des candidats, notamment d’origine modeste, ne cessant de grossir.

Il faudra aussi rétablir un lien de confiance entre gouvernants et gouvernés : sans exemplarité, sans égalité de traitement entre les puissants et les autres, sans espoir collectif, le discours d’ordre des pouvoirs publics continuera de passer au mieux pour du blabla, au pire pour de la provocation. Le « faites ce que je dis, pas ce que fais » offre un prétexte rêvé à tous ceux qui préfèrent la délinquance à l’effort et qui savent entraîner dans leur sillage une jeunesse désespérée ou influençable.

Enfin, rien ne changera tant que le marasme économique, résultant pour une grande part du déficit de compétitivité de la France, continuera ses ravages. Avec un euro surévalué, des charges sociales toujours aussi élevées, un libre échange déloyal, une formation continue désespérément insuffisante, comment pourrait-on sérieusement relancer la machine ?

Pour remédier en profondeur au mal-être des banlieues sensibles, il faut enfin sortir de la politique des mesurettes à laquelle les gouvernements successifs se sont habitués au fil du temps. Un Etat régalien ferme et juste, une école du mérite, une économie d’expansion, voilà les moyens de sortir d’ici à quelques années de ce terrible engrenage dans lequel ne cessent de se débattre certains de nos quartiers.

24 novembre 2007

Dépêche AFP: Meeting commun de Chevènement et Dupont-Aignan contre le traité européen

PARIS, 23 nov 2007 (AFP)

Jean-Pierre Chevènement et le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan tiendront un meeting commun dimanche 2 décembre à Paris pour demander un référendum sur le nouveau traité européen, ont-ils annoncé vendredi. Parmi les personnalités annoncées à cette réunion, figurent également la députée européenne PS Marie-Noëlle Lienemann, l’internaute Etienne Chouard, vedette de la campagne du "Non" à la Constitution européenne sur internet en 2005, ou Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du général de Gaulle et figure des milieux souverainistes. Le président du groupe Indépendance et démocratie au Parlement européen, Jens-Peter Bonde, est également annoncé.

Le meeting est co-organisé par le Mouvement républicain et citoyen, le parti de Jean-Pierre Chevènement, et Debout la République, le petit parti de Nicolas Dupont-Aignan qui a désormais rompu tout lien avec l’UMP. Dans un communiqué annonçant l’événement, M. Dupont-Aignan invite les "républicains des deux rives" (gauche et droite) à se manifester pour demander un référendum, reprenant ainsi une expression popularisée par Jean-Pierre Chevènement dans sa campagne présidentielle de 2002. "Il ne s’agit pas de fusionner", mais "quand l’essentiel est en jeu, il faut travailler ensemble", a-t-il déclaré à l’AFP. "Puisque la gauche caviar travaille avec la droite libérale" en faveur du traité, "je ne vois pas pourquoi les gaullistes ne travailleraient pas avec les républicains de gauche", a-t-il ajouté.

23 novembre 2007

Réforme de la carte judiciaire: la politique de "gribouille", par Nicolas Dupont-Aignan

La réforme de la carte judiciaire traduit l’incapacité de réformer sereinement et intelligemment notre pays.

Le bon sens commande bien entendu de supprimer les Tribunaux d’Instance trop petits et à vrai dire personne n’en conteste vraiment le principe. Pour autant, fallait-il aller si loin pour aboutir à la suppression de 176 Tribunaux sur 476 ? Quand on regarde la carte de France publiée dans le quotidien Le Monde (édition du 22 novembre), on comprend l’ampleur du mouvement de suppression et le coup de grâce donné à la justice de proximité.

On s’apercevra dans quelques années des ravages de cette réforme. Les économies à première vue réalisées, seront probablement compensées par des surcoûts en terme de transport. Sans même évoquer le nombre de litiges qui ne seront plus traités. De plus, cette réforme ne s’accompagne d’aucune création de Tribunal d’Instance, notamment en banlieue parisienne, ce qui aurait déchargé les Tribunaux existants complètement engorgés.

Enfin, tout le monde sait - ou devrait savoir - que notre pays dépense pour sa Justice, deux fois moins par habitant que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne. L’augmentation du budget 2008 pour la Justice est, à cet égard, dérisoire. Si l’on veut vraiment rétablir l’Etat de droit, réduire les délais, exécuter dans les faits les décisions de justice, il faut investir davantage.

Les sommes sont d’ailleurs relativement modestes en comparaison des dépenses de la plupart des autres Ministères.

Par ailleurs, en ce jour du Congrès des Maires, il serait temps de relancer une véritable politique d’aménagement du territoire. Pourquoi ne pas coordonner la réorganisation des différents ministères ? Nous éviterions ainsi d’accabler toujours les mêmes villes, petites et moyennes, qui sont en train de «crever» des délocalisations alors même que leur qualité de vie est la meilleure et qu’on entasse toujours plus d’habitants en Ile-de-France et dans les métropoles régionales, avec des surcoûts d’échelle considérables. Département par département, il faudrait analyser méthodiquement les projets de réorganisation de la carte judiciaire, hospitalière, des forces armées, etc… et répartir l’effort intelligemment.

Telle petite ville garderait son Tribunal d’Instance mais perdrait l’hôpital, telle autre bénéficierait du redéploiement d’un établissement public aujourd’hui parisien, etc…

Ce travail est possible. Il permettrait de concilier efficacité et équilibre du territoire. Malheureusement, on n’en prend pas le chemin. A la crise des banlieues s’ajoutera donc bientôt celle des territoires. Il sera alors trop tard pour pleurer.

La politique de la posture, toujours et encore..., par Nicolas Dupont-Aignan

La grève des transports symbolise vraiment l’incapacité de notre pays à résoudre intelligemment les problèmes auxquels il est confronté. A l’exception des usagers, la dureté du conflit semble arranger tous les acteurs.

Du côté des syndicats, c’est le moyen d’éviter de perdre leur base ulcérée d’être pointée du doigt comme des privilégiés. Du côté du gouvernement, il y a une certaine satisfaction à afficher le visage d’une fermeté au service de la justice, alors même que sa politique économique et sociale est incompréhensible et dangereuse. On sent bien l’ambition du président de la République de réussir là où d’autres, avant lui, ont échoué…

Bien évidemment la réforme des régimes spéciaux est incontournable. Les propositions des directions d’entreprises sont d’ailleurs beaucoup plus souples qu’on ne veut le faire croire et il n’y a pas d’alignement complet sur le secteur privé.

Il reste qu’il faut aussi prendre en compte la pénibilité des métiers (horaires de nuit, travail du week-end). Mais surtout cette réforme ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des défis de l’économie française.

On peut sans cesse allonger la durée de cotisation et repousser l’âge du départ en retraite, mais cela n’aboutira à rien si la France continue de battre le record des départs en préretraites à 50 ou 55 ans, pour cause d’insuffisance de compétitivité ! C’est une génération entière qui risque de s’enfoncer dans la misère au moment de la retraite, faute du nombre requis d’années de cotisation.

Seul un regain de croissance économique, résultant d’une augmentation de la productivité et de la compétitivité de nos entreprises, peut permettre à la nation de payer l’effort à la fois pour les retraites et pour la santé. Ne nous y trompons pas, il faudra dégager une part plus importante de notre richesse collective pour accompagner dignement le développement du grand âge, c'est-à-dire du risque dépendance. Est-ce d’ailleurs si choquant ?

Depuis 1950 la France a augmenté sa part de PIB consacrée à la santé et aux retraites dans des proportions déjà considérables. C’est aussi le signe d’un pays à la fois plus prospère et plus juste, bref d’un pays civilisé. Toute la question est de savoir comment on dégage cette part nécessaire et comment on répartit l’effort.

C’est pourquoi, plutôt que de consacrer 20 minutes du journal télévisé au fonctionnement des trains comme si nous étions en guerre, il serait peut-être utile de comprendre comment on peut éviter les délocalisations ; pourquoi l’euro cher asphyxie nos entreprises ; pourquoi le travail des enfants ou le saccage environnemental en Chine nourrit des échanges déloyaux en faisant la fortune de quelques centaines de nababs. Utile aussi de parler des politiques natalistes qui permettraient de revenir à un taux de fécondité de 2,1 (nous n’en sommes pas loin) et de régler une partie du problème à échéance de 20 ans !

Utilité enfin d’aborder la question du fonds de réserve des retraites qui aurait dû être abondé des recettes des privatisations. La Norvège a su, par une politique prudente, se doter d’un tel fond exceptionnel. En un mot, seul le renforcement de nos entreprises, notre capacité à défendre nos intérêts, en même temps qu’une nouvelle organisation du système de protection sociale qui devra s’opérer dans le souci d’une vraie justice, servira nos retraites.

La tragicomédie des régimes spéciaux trahit en vérité la complaisance générale pour les postures politiciennes, au détriment de la recherche de l’intérêt général. Au risque de laisser pourrir les vrais problèmes…

09 novembre 2007

Qu'est-ce qu'être gaulliste en 2007 ?, par Nicolas Dupont-Aignan

Qu’est-ce qu’être gaulliste en 2007 ?

Comme chaque année le 9 novembre, Debout la République fait une visite soit à Colombey, soit à Lille à la maison natale du Général de Gaulle, pour honorer sa mémoire.

A chaque fois, la même interrogation revient : que signifie être gaulliste 37 ans après la mort de de Gaulle ? Et, comme toujours avec les jeunes de 20 ans qui nous accompagnent et qui sont parfois regardés comme des bêtes curieuses par les quelques journalistes présents, je rappelle qu’être gaulliste aujourd’hui ne signifie pas vouloir reproduire une action passée mais tout simplement être fidèle à des principes qui nourrissent une exigence politique utile à la France.

Pour ma part, j’en retiens quatre, qui ont invariablement marqué l’engagement du général de Gaulle :

1 l’esprit de résistance tout d’abord, qui place la confiance dans l’Homme, son sens de la justice et de la liberté, au préalable de tout. Lorsque l’essentiel est en jeu, lorsque l’intérêt supérieur est menacé, l’esprit de résistance doit l’emporter toujours et partout sur la logique moutonnière des clans, des clientèles ou des partis. C’est cette première vertu du gaullisme qui ne nous fera pas baisser les bras face à l’hideux coup d’Etat européen qui est en train de se dérouler sous nos yeux.

2 le respect du peuple ensuite car en démocratie il n’y a pas d’action possible et durable sans l’adhésion de ceux qu’elle concerne. C’est ainsi que la Vème République repose avant tout sur l’élection présidentielle au suffrage universel direct mais aussi sur le référendum.

3 l’indépendance nationale en 3ème lieu, qui fonde la liberté et la dignité d’une Nation, garantit l’efficacité de l’action publique et son caractère démocratique. Le rôle du Chef de l’Etat mais aussi de chaque responsable politique consiste avant chaque décision à ne se poser qu’une question : est-ce l’intérêt de la France ?

4 une certaine idée du monde, enfin, car le Général de Gaulle aimait la France pour les valeurs qu’elle incarne à l’intérieur comme à l’étranger. L’humanisme donne corps et force à cette « certaine idée de la France » qu’il a toujours portée haut et fort.

On le sait bien, la pensée et l’action du Général de Gaulle forment un tout cohérent : de la participation dans l’entreprise à la décolonisation ; du discours de Bayeux à la fondation de la Vème République ; du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes martelé à Québec, Mexico ou Phnom Penh à la pratique référendaire en France ; du refus des oligarchies bruxelloises à l’espoir d’une Europe des Nations qui respecte ses peuples ; du discours du 18 juin 1940 au départ solitaire de 1969.

Ces principes, cette boussole de l’action, forment un outil extraordinaire pour comprendre notre histoire, décrypter les terribles dérives d’aujourd’hui et préparer l’avenir.

Si tant de Français ont la nostalgie du Général de Gaulle, si tant de dirigeants qui trahissent perpétuellement les principes de son action, aiment tant à s’en réclamer comme malheureusement le Président de la République d’aujourd’hui, ce n’est pas un hasard !
Face à ce jeu généralisé de captation - voire d’usurpation - d’héritage, tout vrai gaulliste ne devrait plus d’ailleurs se nommer tel, mais simplement porter cette « certaine idée de la France » qui manque tant à nos compatriotes.

Alors oui, soyons fiers de l’œuvre et de l’action du Général de Gaulle : désintéressement dans l’action publique, liberté de conscience, force de conviction, fermeté du caractère, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, justice sociale, stabilité institutionnelle, effort collectif, politique étrangère et de défense indépendante… autant d’exigences pour aujourd’hui comme pour demain.

02 novembre 2007

140 % ! , par Nicolas Dupont-Aignan

L’augmentation de 140% de la rémunération du Président de la République est à la fois rationnelle et indécente.

Rationnelle car, dans l’absolu, il n’est pas anormal de voir le Président de la République gagner autant que le Premier Ministre. Indécente car on ne s’octroie pas une telle augmentation au moment où une majorité de Français affronte de réelles difficultés à boucler ses fins de mois et où on l’appelle sans cesse au sacrifice !

Comme beaucoup de Français, j’aurais aimé entendre le Président de la République se satisfaire de la somme relativement modeste qu’il perçoit aujourd’hui. Cela ne l’aurait pas empêché de faire œuvre de transparence dans la gestion des deniers de l’Elysée.

Il aurait été ainsi le seul Chef d’Etat du monde occidental à faire preuve de retenue financière.

D’autant que cette retenue vient de loin, d’une conception de la République où la probité et le désintéressement matériel l’emportent sur la recherche des avantages et des prébendes.

En France plus qu’en tout autre pays, par principe mais aussi du fait d’un contexte économique et social aujourd’hui particulièrement douloureux, la nécessité morale et même politique de montrer l’exemple au service de l’intérêt général, demeure un impératif.

Je crois sincèrement que les Français auraient été fiers de leur Président s’il avait modéré son augmentation, au lieu d’afficher un bond à trois chiffres de ses émoluments. 140%, tout de même, il en faudrait des heures supplémentaires pour obtenir un tel gain !

Dommage !