28 août 2008

Afghanistan : l’audition des ministres prouve que la France navigue à vue..., par Nicolas Dupont-Aignan

Hier, j’ai participé à la réunion des Commissions de la Défense Nationale et des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale.

Hervé MORIN et Bernard KOUCHNER sont venus s’expliquer devant les députés dans une séance ouverte à la presse. Cette réunion a été instructive. Elle a révélé, sous l’embarras à peine masqué des intéressés, l’absence totale de stratégie du gouvernement sur le conflit en Afghanistan. En vérité, les deux ministres, subissant des événements sur lesquels ils n’ont aucune prise, naviguent à vue.

Tous les membres de la Commission, quel que soit leur point de vue, ont pu noter l’incroyable contradiction des ministres entre leur propos introductif, lénifiant, et leurs réponses, inquiètes, aux questions posées par les députés.

Dans leur exposé préliminaire, Hervé MORIN et Bernard KOUCHNER, nous ont récité le catéchisme habituel : les troupes alliées progressent chaque jour davantage, notre mission est civilisatrice, bientôt nous pourrons nous retirer en transmettant à l’armée afghane la maîtrise du terrain, etc. Mais dans leurs réponses aux questions des députés, le ton et les propos ont été progressivement différents. Ils se sont contredits l’un l’autre (et parfois eux-mêmes) sur le fait de savoir si oui ou non la France était en guerre en Afghanistan. Triste spectacle, alors que les Français n’ont aucun doute là-dessus…

Le Ministre de la Défense a reconnu que nous manquions là-bas de moyens aéroportés, le Ministre des Affaires étrangères a avoué que la seule solution était politique. Enfin, quand Jacques MYARD a rétorqué qu’avec 50 000 hommes, il était impossible de « tenir » un pays comme l’Afghanistan et qu’il en faudrait 10 fois plus, les deux ministres l’ont approuvé, reconnaissant qu’il fallait transférer le flambeau le plus vite possible à l’armée afghane. Lorsque j’ai demandé pourquoi alors nous avions envoyé plus de 1000 soldats supplémentaires, aucun ministre n’a souhaité répondre. Pire, ils ont reconnu que les Talibans étaient de mieux en mieux armés et que le Pakistan devenait une base arrière de plus en plus active.

Conclusion de tout ceci ? Alors même que le gouvernement afghan, n’en finissant plus de compter ses morts dus aux « bavures » américaines, réclame une redéfinition de l’engagement occidental, nos ministres ont estimé qu’il faut continuer et intensifier la politique actuelle…

En sortant de la Commission, bon nombre de mes collègues, de droite comme de gauche, étaient atterrés. L’un d’eux, dans l’ascenseur, me disait : « J’ai entendu mot pour mot le même discours qu’au moment de la guerre d’Algérie ». Un autre me confiait : « Nous ne sommes maître de rien puisque ce sont les Américains qui décident des opérations, avec notamment les fameux bombardements à l’aveugle, qui font chaque jour basculer un peu plus de civils dans le camp adverse ».

En vérité, la France est prise au piège de l’atlantisme du président de la République, lequel donne tête baissée dans une « guerre au terrorisme » qualifiée aujourd’hui même de « vide de sens » par Dominique de VILLEPIN. La légèreté avec laquelle il a pris la décision d’envoyer des troupes supplémentaires, pour des motifs purement politiques quelles qu’en soient les conséquences, l’absence totale de stratégie de ses ministres, augurent très mal de la suite.

Plus que jamais, j’invite tous les responsables de Debout la République à faire entendre notre voix pour dénoncer cette aventure et réclamer, comme je l’ai indiqué dans ma tribune du Monde :
1) soit une révision totale de la stratégie alliée
2) soit un retrait progressif de nos troupes.

Il ne s’agit pas bien évidemment d’abandonner l’Afghanistan à son sort. Le principe d’une intervention internationale pour reconstruire le pays et empêcher le retour des talibans, telle qu’elle a été définie en 2001, reste valable. Mais, bien entendu, si et seulement si l’action de la communauté internationale mène bel et bien à la pacification, non pas au triomphe des intégristes !

La France doit conditionner sa contribution à une action efficace sur le terrain. C’est quand même la moindre des choses quand on engage la vie de nos soldats.

Ps : j’ai appris comme vous tous par le Canard Enchaîné de ce matin que la version officielle des événements qu’a relaté le gouvernement et encore hier deux de ses ministres devant les députés, serait en réalité fausse ! Quatre de nos soldats, faits prisonniers au début de l’engagement auraient été exécutés, des imprudences graves auraient été commises, nos moyens aéroportés auraient été distraits de la sécurisation de la colonne pour assurer la protection du président afghan et le défaut d’équipement, comme de préparation, de nos soldats serait bien plus graves que ce qu’en a dit le ministre de la Défense. Si tout cela est vrai, comme le laisseraient penser les atermoiements du porte-parole du gouvernement qui a refusé de commenter ces informations, la décence commanderait au minimum que le ministre de la Défense démissionne sur le champ !

26 août 2008

La France ou l’Amérique, il faut choisir !

Dans une tribune publiée dans Le Monde en forme de lettre ouverte au Président de la République, Nicolas Dupont-Aignan appelle le Chef de l'Etat à changer de cap sur l'Afghanistan. Vous la trouverez ci-dessous. Enfin, comme un enjeu géopolitique n'est jamais isolé, vous trouverez après la tribune de NDA, un excellent article d'Hélène Carrère d'Encausse sur la Russi et la Géorgie. Si nous devions trouver un point commun à ces deux "problèmes", il se réduirait à trois petites lettres: USA.

Lettre ouverte au Président de la République sur l'Afghanistan

Monsieur le Président de la République,

Le 18 août, dix de nos courageux soldats trouvaient la mort en Afghanistan. Au moment de leur rendre hommage, vous avez affirmé devant les troupes françaises : « Quand il vous arrive quelque chose, je me sens responsable ». Vous avez eu raison.

Passé le temps du deuil et du recueillement, j’ai voulu vous écrire car vous seul pouvez encore changer de politique en Afghanistan.

Déjà en avril dernier, je vous avais fais part des trois raisons qui m’avaient conduit à voter la motion de censure déposée contre la politique étrangère de votre gouvernement :

Tout d’abord, la situation dans le bourbier afghan me semblait si compromise que l’envoi de soldats supplémentaires ne pouvait l’infléchir ;
Ensuite, l’alignement sans précédent de la France sur les Etats-Unis (avec l’annonce au sommet de Bucarest de l’envoi de soldats supplémentaires comme gage d’allégeance) constituait pour moi le premier pas vers l’inacceptable réintégration complète de la France dans le commandement militaire intégré l’OTAN ;
Enfin, l’extinction de la voix originale de la France accélérait la logique de « choc des civilisation », pour le plus grand bénéfice des intégristes musulmans.

Hélas, ce qui devait arrivé est arrivé, tragiquement : pour la première fois depuis bien longtemps, des soldats français engagés comme supplétifs dans une guerre qui n’est pas la leur et qui est de surcroît conduite en dépit du bons sens, sont morts sans que la Nation sache vraiment pourquoi.

Suite à ce drame, lors de votre discours de Kaboul, vous avez préféré la fuite en avant, transformant la présence française en croisade contre le terrorisme et pour la liberté, au lieu de prendre votre temps et de procéder à l’examen prudent et attentif de la situation en Afghanistan.

Mais comment, quand on connaît cette situation, demander à nos soldats en nombre si limité, mal équipés pour la guérilla et mal coordonnés, de sauver le monde dit libre ?

Comment ne pas ouvrir les yeux sur le fait que cette fuite en avant militaire, diplomatique et politique dont vous voulez vous faire le héros est suicidaire ?

Et où est la cohérence avec vos propos, tenus à la veille du second tour de l’élection présidentielle, où vous considériez que la présence de notre armée à cet endroit du monde n’était « pas décisive » ?

Experts, états-majors et observateurs militaires savent que le conflit actuel n’a rien à voir avec celui de 2001. Preuve en est que loin de lutter contre le terrorisme, la stratégie actuelle de l’OTAN renforce chaque jour un peu plus les Talibans, en faisant basculer la population de leur coté.

Il est urgent Monsieur le Président de reconsidérer votre position. Car seul un changement radical dans la conduite des opérations peut éviter la catastrophe. Seule une perspective politique négociée entre les alliés et les forces afghanes les plus modérées peut sauver ce pays des griffes des plus extrémistes

En avril dernier, la France pouvait être le levier de ce changement en conditionnant l’envoi de ses soldats à la révision de la stratégie américaine. Vous avez manqué l’occasion, préférant plaire à Georges Bush.

Une réaction est encore possible. Notre pays peut peser, d’une part en refusant le redéploiement de ses hommes sur les zones à risque, d’autre part en menaçant de retirer ses troupes si rien ne change.

Oserez-vous ce sursaut ?

En son temps, le Général de Gaulle avait sagement décidé de retirer la France du commandement intégré de l’OTAN car il ne voulait pas voir notre pays entraîné dans une guerre qui ne serait pas la sienne, sous un commandement étranger. Votre triste politique de ces derniers mois lui donne raison puisque pour symboliser le retour complet de la France dans l’OTAN, vous avez placé nos armées dans un guêpier sans issue, avec les conséquences que nous connaissons…

Il savait aussi par-dessus tout que lorsque le sort de ses soldats est en jeu, le Président de la République ne doit obéir qu’à l’intérêt supérieur de son pays, intérêt qui ne coïncide pas toujours avec celui de ses alliés.

Aujourd’hui Monsieur le Président, il vous faut choisir : allez-vous être fidèle à la France ou à l’Amérique ?

Nos compatriotes ne vous pardonneraient pas de préférer trop longtemps la seconde à la première !

Nicolas Dupont-Aignan
Député de l’Essonne
Président de Debout la République

Article d'Hélène Carrère d'Encausse sur la Russie et la Géorgie publié sur le site national de Debout la République: cliquez-ici.

Afghanistan : changer maintenant de stratégie !, par Nicolas Dupont-Aignan

Je me rends aujourd’hui à la réunion extraordinaire des commissions Défense et Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, pour demander aux ministres concernés des explications sur la guerre en Afghanistan. Les « bavures » américaines causent de plus en plus de victimes innocentes parmi la population afghane - on parle de 90 morts, essentiellement des femmes et des enfants, au cours d’un raid aérien que le Pentagone continue de qualifier de « légitime » !

Mais comment ne pas voir que cette sale guerre, conduite en dépit du bon sens, dresse chaque jour davantage les Afghans, talibans ou non, contre la présence des forces occidentales ? C’est le sens d’une tribune sous forme de lettre ouverte au président de la République que j’ai signée aujourd’hui dans le quotidien Le Monde, que je vous invite à retrouver sur le site de Debout la République : http://debout-la-republique.fr/La-France-ou-l-Amerique-il-faut.html

[Vous pouvez retrouver cette tribune dans le post ci-dessus]

24 août 2008

Un président incompétent … ou pire ?, par Dominique Farcis

Le drame déplorable qui vient de frapper l'armée et la nation en Afghanistan ne peut rester sans réactions.

Au-delà des gestes forts d'unité nationale devant les cercueils des soldats morts pour la France en accomplissant leur devoir, il faut s'interroger sur les responsabilités.

Un président incompétent ?

Après avoir promis le retrait des troupes françaises d' Afghanistan – promesse mensongère faite pour être élu, parmi tant d'autres – ne citons ici que le pouvoir d'achat - M. Sarkozy décide le renforcement du contingent français en Afghanistan : on se demande dans quel but ? A part celui de complaire à son homologue américain rejeté par son peuple, qui pourrait finir son mandat en catastrophe, une intervention en Iran risquant de s'ajouter au bourbier afghan et à la catastrophe irakienne…

M. Sarkozy aurait à l'époque été mieux inspiré d'écouter les réticences du haut état-major. Hélas, comme chacun sait, notre omniprésident est aussi omniscient ; il sait tout, mieux que les responsables, tous les responsables qu'il déresponsabilise ! – en matière de défense comme dans tous les domaines. Sa décision personnelle nous enferme dans une impasse.

10 morts ! un chef d'état major , n'écoutant que son sens de l'honneur, a récemment démissionné pour moins . Mais là , la responsabilité est politique : l'armée française a été fourvoyée dans un combat dirigé -et mal dirigé- par l'OTAN , c'est-à-dire par l'état- major américain, combat qui n'est pas celui de la nation; vu l'inexistence du ministre de la défense, le président est bien seul responsable.


Incompétent … ou pire ?

L'incompétence peut être involontaire, pas l'aveuglement. M. Sarkozy s'est engagé – et par malheur, a engagé notre pays en Afghanistan derrière l'OTAN, dont la stratégie n'est que celle du complexe militaro-industriel américain, et dont M. Bush n'est que le pauvre jouet ; stratégie qui s'était déjà illustrée par les mensonges de l'administration Bush pour monter de toutes pièces son intervention en Irak.

Il ne s'agit pas d'être pro ou anti américain. Le peuple américain, dans ses profondeurs, commence à ouvrir les yeux, et reviendra tôt ou tard à son combat initial pour les libertés et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Quand à M. Sarkozy, qui s'est entiché du pire de l'ultralibéralisme américain, inutile d'attendre de lui un quelconque mea culpa. Son allégeance à la droite la plus friquée et la plus réactionnaire du monde est hélas indéfectible.

Dominique Farcis*

* Dominique Farcis est Secrétaire Général Adjoint de Debout la République et Secrétaire départemental des Hauts-de-Seine (92)

20 août 2008

Les rentiers de la route

Veuillez trouver ci-dessous un bref article d'Autoplus.fr sur la position de Debout la République sur les tarifs des péages autoroutiers et des mesures que nous suggérons pour tous les utilisateurs.

Gel des prix des péages autoroutiers?

Nicolas Dupont-Aignan, député non-inscrit de l’Essonne (ex-UMP), demande au gouvernement, un «gel d’un an des tarifs des péages autoroutiers, le temps qu’une Commission d’enquête parlementaire (…) puisse faire toute la lumière" sur leur augmentation.

Dans un communiqué intitulé «autoroutes, assez du racket», le président du club Debout La République, s'étonne, en effet, que les recettes des sociétés d'autoroutes aient explosées alors les automobilistes français ont pour la première fois limité leurs déplacements sur autoroutes cette année.

Nicolas Dupont-Aignan, fermement opposé en 2006 à la privatisation des sociétés d’autoroutes, sollicite parallèlement le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, pour la création de cette commission d’enquête.

Géraldine G.(autoplus.fr)

Afghanistan : le prix de l’alignement, par Nicolas Dupont-Aignan

L’annonce de la mort des 10 soldats français en Afghanistan me peine profondément et m’indigne. Je pense à ces jeunes vies sacrifiées pour mener une guerre qui n’est pas la nôtre et qui de surcroît est conduite en dépit du bon sens.

Souvenons-nous, à l’époque du renforcement des effectifs français, et surtout de leur redéploiement dans les zones à risque, le Président de la République nous avait promis que cet effort national permettrait d’obtenir des Etats-Unis un changement de stratégie militaire sur le terrain. En vérité, il n’en a rien été.

Autant en 2001, la présence française était légitime pour chasser les Talibans du pouvoir, autant aujourd’hui il est contre-productif de conforter une politique américaine qui ne fait que nourrir le retour des Talibans.

Voilà ce qui malheureusement arrive quand on veut plaire, voire complaire, aux Etats-Unis de Georges Bush.

Combien de morts faudra-t-il pour que le Président Sarkozy et son gouvernement ouvrent les yeux sur cette politique qui engage nos troupes dans un bourbier, dans une impasse ?

Lorsque j’ai voté la motion de censure, certains ne l’avaient pas compris. J’avais osé le faire, car pour la première fois, l’engagement de troupes supplémentaires en Afghanistan, tout comme la réintégration complète de la France dans l’OTAN, était contraire à la politique d’indépendance nationale, voulue et restaurée par le Général de Gaulle à partir de 1958. Une politique digne qui n’engageait la vie de nos soldats que lorsque notre intérêt national était en jeu.

Aujourd’hui, le choix est simple : soit les Etats-Unis revoient leur politique en Afghanistan et nous pouvons alors maintenir nos troupes, soit ils poursuivent dans l’impasse et nous devons au plus vite redéployer nos soldats sur le terrain ou même les rapatrier.

Le Président de la République osera-t-il prendre ses responsabilités pour défendre l’intérêt de la France ou persistera-t-il à privilégier l’idéologie d’alignement sur les Etats-Unis, quel qu’en soit le coût politique et humain ?

15 août 2008

Les relations russo-européennes déterminent aussi l’avenir de l’UE, par Nicolas Dupont-Aignan

A l’heure où les combats semblent devoir cesser en Géorgie, il est temps de dresser le bilan et de tirer les conséquences de cette guerre-éclair, qui annonce incontestablement le grand retour de la Russie sur la scène européenne et mondiale.

S’il est trop tôt pour évaluer la part des responsabilités respectives dans le conflit, deux évidences s’imposent : l’armée russe a réagi à une agression géorgienne et Moscou, contrairement aux craintes manifestées par les Etats-Unis et certains pays de l’UE, semble faire preuve de la retenue nécessaire en s’abstenant d’envahir la totalité de la Géorgie et de chasser son président. Des gages ont manifestement été pris sur le terrain, mais il s’agit en tout état de cause pour les Russes de se donner les moyens de négocier en position de force.

Une fois obtenue la cessation des hostilités, si tant est qu’il en soit ainsi, reste à sceller une paix durable entre les deux pays, laquelle pèsera bien entendu sur les relations que la Fédération de Russie entretient avec l’ensemble de ses anciennes républiques et, au-delà, avec l’Europe et le reste du monde.

Concernant le sort des provinces séparatistes de Géorgie, on voit mal comment leurs sincères et légitimes aspirations à l’indépendance vis-à-vis de Tbilissi pourraient être plus longtemps ignorées. Et le précédent du Kosovo empêche désormais les Etats-Unis et l’UE de s’y opposer. Quant à la Géorgie elle-même, si son indépendance doit évidemment être défendue, il lui faudra très certainement changer d’attitude vis-à-vis de son puissant voisin : en effet, sa politique de défiance à l’égard de la Russie, attisée par la perspective de son adhésion à l’OTAN qu’encouragent les Etats-Unis, est un obstacle majeur à la paix dans la région.

Ce constat est bien entendu valable pour toutes les anciennes républiques soviétiques membres de la Communauté des Etats Indépendants (le Biélorussie, l’Ukraine, la Géorgie, l’Arménie, etc.), qui ont acquis leur indépendance au début des années 1990. Au lieu de les intégrer à l’OTAN, qui tend de plus en plus à devenir l’instrument militaire au service des projets d’hégémonie mondiale des Etats-Unis, il serait plus sage d’en faire des Etats tampons entre la Russie et l’UE, avec lesquels Bruxelles pourrait d’ailleurs signer des accords de partenariat privilégié. Cela signifie clairement la garantie de leur indépendance contre leur accession au statut de pays neutres. Cette solution, d’ailleurs réclamée par la Russie elle-même, stabiliserait et désamorcerait la situation dans la zone d’influence de l’ancienne URSS. Ce ne serait pas rien : songeons par exemple que la moitié de la population d’Ukraine est… russe et qu’un affrontement à la géorgienne entre ce pays et la Russie aurait des conséquences incalculables !

A ceux qui agitent l’épouvantail du retour d’un ogre néo-soviétique, il ne sera guère difficile de rappeler quelques vérités : c’est pacifiquement, à la fin des années 1980, que la Russie a renoncé à ses anciens satellites d’Europe centrale et orientale, allant même jusqu’à admettre dans la foulée l’indépendance de républiques soviétiques qui font pourtant partie depuis presque toujours de son aire historique. Ensuite, malgré ses spécificités, la Russie n’a rien à voir avec la dictature oppressive que se plait à décrire une certaine intelligentsia occidentaliste avec la bénédiction du Département d’Etat américain : si les libertés publiques doivent bien entendu faire des progrès en Russie, son peuple - que ça plaise ou non - n’en soutient pas moins ses dirigeants qui lui ont rendu dignité et perspectives de développement économique. Enfin les Russes n’ont pas oublié les drames du XXème siècle et ne semblent pas plus que les autres nations européennes tentés par un impérialisme conquérant.

Les Européens auraient tout intérêt à favoriser la neutralisation stratégique des pays comme la Géorgie, ce qui acterait leur acceptation du retour de la Russie sur la scène internationale, offrirait les conditions d’une paix durable en Europe et ouvrirait la voie à un renforcement des échanges, très riches de perspectives, entre eux-mêmes et les Russes. Pourrait alors émerger cette Europe « de l’Atlantique à l’Oural » qu’avait appelé de ses vœux Charles de Gaulle et dont la seule existence arrêterait l’inquiétante dérive « occidentaliste » de l’UE, principal levier des projets fous de suprématie américaine dans le monde.

Cette voie sera-t-elle choisie par Nicolas Sarkozy ? On doit hélas en douter, la réintégration complète de la France dans l’OTAN, ou la présence de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay, étant plutôt le signe d’un alignement inconditionnel sur les Etats-Unis.

Mais le temps d’une Russie durablement affaiblie par l’implosion soviétique est bel et bien révolu et il faudra désormais compter davantage avec elle. L’Europe aurait tort de lui tourner le dos.

11 août 2008

A la télévision, la "différence" est déjà faite, par Thomas LEFEVRE

Quand il s'agissait de privatiser TF1, l'argument choc était le "mieux disant culturel". Aujourd'hui, on voit ce qu'il en est advenu. Aujourd'hui, il s'agit de supprimer la publicité sur France Télévision afin que le public puisse percevoir une différence entre le Service Public et les chaînes privées. C'est avec une réponse fracassante sur la radio RTL que Patrick de Carolis avait répondu au Chef de l'Etat qui jugait, un peu attivement, que les émissions de France 2, France 3, France 4, France 5 et France Ô ressemblait par trop encore à celles de TF1 et M6.

Il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Il est évident que ces programmes sont différents dans leur fond comme dans leur forme. Pour ma part, je ne comprends pas que l'on s'en prenne au Président de France Télévision sur cet argument. Certes, on peut toujours remettre en cause la légitimité d'un programme, de sa production... Mais, sur le fait que la télévision publique est semblable à la télévision privée, c'est un mensonge. Qui a vu de la télé-réalité racoleuse sur France 2 ou sur France 5, "la chaîne de la connaissance"? Un peu d'honnêteté ne nuirait pas au débat.

Mais, revenons sur le fond : supprimer la publicité sur France Télévision. Bonne idée, a priori. Que répondre face à l'argument de ne plus imposer au téléspectateur des émissions produites uniquement sur des critères d'audimat ? Mais, cela pose une question plus importante: quelle place pour l'audimat ? L'audimat peut être un diktat excluant toute émission culturelle. Est-elle par nature mauvaise ? Non, une télévision se fichant éperdument du nombre de personnes devant son poste est une télévision morte à terme. Le problème de l'audimat est l'importance que l'on lui accorde.

Finalement, le but caché de l'entreprise s'est révélé au grand jour avec le résultat de la commission présidé par Jean-François Copé sur la question : aider les télévisions privées hertziennes devant la fuite des annonceurs qui percoivent le succès croissant des médias alternatifs (TNT, Internet...).

Pour revenir sur la nature des programmes du Service Public, il n'a pas fallu attendre la suppression de la publicité pour voir de très bons programmes sur celui-ci. Pour ma part, je me réjouis de voir sur France Télévision des émissions culturelles (littéraires, musicales) ou des retransmissions de théâtre et d'opéras qui remportent un certain succès.

Je conclurai cette note, en parlant justement de l'opéra sur France 2. Art jugé difficile d'accès pour celui qui n'en n'est pas l'auditeur habitué, il a remporté la semaine passée un succès avec la retransmission de Faust de Charles Gounot: 2 millions de téléspectateurs. Vous me direz qu'est-ce que ces 2 millions de téléspectateurs face aux 2 millions de téléspectateurs doublés ou triplés devant les émissions de téléréalité sur TF1 ou M6 ? Il faut aussi comparer ce qui est comparable. Sur ces deux millions, combien de places dans les salles de concert ? Sur ces deux millions, combien n'auraient jamais poussé la porte d'une salle de concert ou fait la queue à un de ses guichets ?

Donc, la "différence" est déjà faite.

Mais, supprimer la publicité sur le Service Public pour la renforcer les chaînes privées (avec une nouvelle coupure pub), c'est aggraver l'appât du gain au mépris du "mieux disant culturel". "Et Satan conduit [toujours] le bal"...




Faute d'avoir trouvé d'extrait de captation de l'opéra diffusé mardi dernier, voici un autre extrait intitulé "Le veau d'or est toujours debout" de Faust interprété par René Pape qui incarnait aussi le rôle de Méphistophélès à Orange.

Le veau d'or
Ronde du Veau d'or

MÉPHISTOPHÉLÈS :
Le veau d'or est toujours debout;
On encense
Sa puissance
D'un bout du monde à l'autre bout!
Pour fêter l'infâme idole,
Rois et peuples confondus,
Au bruit sombre des écus
Dansent une ronde folle
Autour de son piédestal!
Et Satan conduit le bal!

TOUS :
Et Satan conduit le bal!

MEPHISTOPHÉLÈS :
Le veau d'or est vainqueur des dieux;
Dans sa gloire
Dérisoire
Le monstre abjecte insulte aux cieux!
Il contemple, ô rage étrange!
A ses pieds le genre humain
Se ruant, le fer en main,
Dans le sang et dans la fange
Où brille l'ardent métal!
Et Satan conduit le bal!

TOUS :
Et Satan conduit le bal!

06 août 2008

Nouvelle charte graphique de DLR

Suite à la mise à jour de la nouvelle charte graphique du site national de Debout la République (que nous vous invitons à aller consulter), le blog de Debout la République 76 tente également sa mutation. Quelques changements ici ou là seront à perfectionner. Il s'agregeront à ce nouveau visage de la fédération seinomarine de DLR.

N'hésitez pas comme d'habitude à laisser vos commentaires.

Soljenitsyne, conscience du XXème siècle, oracle du XXIème ?, par Nicolas Dupont-Aignan

Avec la disparition de Soljenitsyne, c’est toute une époque du XXème siècle qui s’achève. Une époque à la fois lointaine pour les jeunes générations qui ne connaissent la Guerre froide que dans les livres, et proches pour celles, auxquelles j’appartiens, qui ont été contemporaines des bouleversements de la fin des années 1980.

Je n’oublierai pas de sitôt la lecture du « Premier cercle », le livre de Soljenitsyne qui m’a le plus marqué. Je n’oublierai pas non plus le courage héroïque de tous ces dissidents qui, en Russie, Pologne, Tchécoslovaquie, etc. défiaient pour ainsi dire à mains nues, avec leurs seuls mots et leur intransigeance, un système de fer communiste capable, en un clin, d’œil de les exiler, les emprisonner ou pire encore.

Quelle plus belle illustration que les combats justes, même portés par des individus isolés, peuvent parfois l’emporter à force de ténacité ? Soljenitsyne était convaincu que l’URSS s’effondrerait de son vivant. Ainsi que de Gaulle, il en pressentait la chute car comme lui, il voyait loin et haut, comme lui, il ne négligeait pas les forces profondes de l’histoire si souvent ignorées de nos jours. « Le communisme passera, la France ne passera pas » affirmait le Général dans les années 60, sous les sarcasmes des « sachant » de l’époque et autres soviétologues patentés…

Soljenitsyne a puisé les ressorts de son œuvre et de son combat contre l’oppression dans un attachement quasi charnel à son pays, la Russie, dont il connaissait l’histoire sur le bout des doigts, au point d’en incarner l’âme. Il avait compris, mieux que quiconque, que la force spirituelle de ce grand pays lui permettrait de surmonter un communisme barbare, nouvelle épreuve après tant d’autres, depuis les invasions tatares jusqu’à la sauvage agression hitlérienne.

Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent sur les dernières années de sa vie, sur certaines de ses prises de positions (parfois discutables), et plus encore sur ses bonnes relations avec les nouveaux maîtres du Kremlin, malgré leur passé de hiérarques soviétiques. Sur le dernier point, le paradoxe n’est qu’apparent car, justement, des hommes comme Vladimir Poutine (à l’inverse de Boris Eltsine) incarnent cette continuité de la Russie et de son Etat fort, ce souci de l’indépendance et de la dignité nationales.

A cet égard, la disparition de Soljenitsyne est l’occasion de se pencher sur les malentendus entre l’Europe - et plus particulièrement entre la France - et la Russie : il est triste de voir combien la France d’aujourd’hui néglige sa relation bilatérale avec Moscou, qui aurait pourtant vocation à devenir une alliance géostratégique. La Russie n’est plus un ennemi, elle est redevenue la salutaire puissance d’équilibre qui, avec quelques autres pays, empêchent l’émergence d’un monde dominé par une seule superpuissance.

Inventer cette relation nouvelle et riche de très nombreuses promesses, obligerait en réalité la France à repenser son rôle international qui ne devrait plus être uniquement communautaire. La normalisation euro-atlantique de notre pays par le truchement d’une Union européenne fédéraliste, post-nationale et otanienne, d’une Europe qui bouche notre horizon mondial, participe grandement à l’affadissement - pour ne pas dire au déclin - du génie national. Mais n’était-ce pas là, d’ailleurs, l’une des manifestations de la critique adressée par Soljenitsyne à un Occident affaissé dans un matérialisme sans foi ni âme ?

05 août 2008

Premières vacances depuis bien longtemps, par Nicolas Dupont-Aignan

Enfin quelques jours de vacances… La fréquence de ces blogs sera un peu allégée, ne m’en voulez-pas. Il faut bien laisser reposer son esprit ! Dernière anecdote : en arrivant en Italie, je vais acheter deux paninis dans une épicerie et je commence à discuter avec la patronne. Au bout de quelques instants, elle me dit qu’elle n’a jamais aussi mal travaillé. Les touristes partent davantage aux Etats-Unis qu’en Europe et depuis qu’il y a l’Euro, les Italiens sont malheureux. Je ne l’ai malheureusement pas inventé…

Il est vrai que les hôtels sont à moitié vides et que l’économie Italienne n’a jamais autant souffert de la surévaluation de l’Euro. Si notre toujours plus cher Monsieur Trichet, président de la Banque centrale européenne, sortait de ses palaces dorés, ne serait-ce qu’une journée, pour rencontrer les Français, les Italiens, les Espagnols… il comprendrait peut-être mieux à quel point son Euro cher ressemble aux saignées du bon Docteur Diafoirus de Molière. Le mal qui touche les Européens, quant à lui, est bien loin d’être imaginaire… Bonnes vacances à tous et à très bientôt.

01 août 2008

Revoter ? Chiche !, par Nicolas Dupont-Aignan

Ainsi donc, Nicolas Sarkozy a décidé de faire revoter les Irlandais qui ne veulent pas de son mini traité de 300 pages. Voilà au moins une décision que sait prendre « l’Europe », impuissante à décider sur les questions essentielles comme la réforme de la fiscalité face à la crise des matières premières, mais par contre, unanime pour prendre une décision-phare pour l’avenir des peuples : l’interdiction de la fessée, votée à l’unanimité par le machin dénommé « Conseil de l’Europe ».

Revoter ? Passons sur l’insulte faite au peuple et sur le suffrage universel foulé au pied et acceptons l’augure d’un nouveau vote.

Bien évidemment, si les Irlandais avaient voté OUI à 50,00001 %, la question ne se poserait pas. Pas plus qu’elle ne s’est posée pour le référendum espagnol qui a vu la même constitution approuvée avec 70% d’abstention. En Europe, on ne revote que pour dire OUI.

Soit, revotons. Mais pour tout.

Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme où il se présentait comme :

  • le « candidat du pouvoir d’achat » : on voit le résultat
  • celui qui allait en finir avec mai 68 : il est la parfaite illustration du « jouir sans entraves » des barbons de 68 et son mariage célèbre les noces de la droite d’argent et de la gauche bobo.
  • le retour à l’autorité dans l’éducation : or, la destruction de l’éducation nationale se poursuit avec la mise en examen des professeurs qui ont encore des « fantasmes d’autorité », pour reprendre le vocabulaire en cours au ministère de l’éducation.
  • l’homme de la restauration des valeurs de l’indépendance nationale : moins d’un an après son élection, la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN est décidée.
  • celui qui a dit « la constitution européenne, c’est plié, on n’en parle plus, on se contentera d’un traité de quelques pages » : on connaît la suite…

Et j’en passe car la liste serait trop longue.

Alors oui, revotons. J’ai moi-même appelé à voter Sarkozy au 2nd tour. Je le regrette amèrement aujourd’hui. J’ai commis une lourde erreur. Je demande donc à pouvoir rectifier mon vote.

Il est vrai que cela ne servirait pas à grand-chose, puisque lors de cette élection, verrouillée par le système des partis qui a fait bloc pour me refuser les signatures nécessaires à ma candidature, nous n’avions le choix qu’entre trois candidats alignés sur une position commune : oui, oui et oui. On a vu ce qu’il en était de la promesse de la candidate socialiste de s’opposer à la ratification du Traité de Lisbonne par voie parlementaire. Idem pour le supposé candidat de la troisième voie, qui n’était qu’une voie de garage.

Mais surtout, avant de revoter, faisons voter les citoyens qui n’ont pu le faire, les élites reconnaissant à voix basse que partout, s’il y avait referendum, les peuples refuseraient ce que leurs supposés représentants ont adopté.

Il nous reste une opportunité : les élections européennes. J’y prendrai la tête de listes républicaines défendant les principes fondamentaux de la souveraineté populaire, de l’indépendance nationale, de la reconstruction de notre économie, de la défense des services publics et de la justice sociale.

Oui, nous allons voter et nous allons battre les candidats de l’oligarchie au pouvoir !